
Mousson indienne déficitaire : l’ombre d’un super El Niño plane sur l’Asie
Les prévisions de juillet annoncent des pluies inférieures à la normale en Inde, tandis que l’Indonésie et Hong Kong se préparent à des températures records sous l’effet d’un El Niño qui pourrait devenir l’un des plus intenses jamais observés.
Le Département météorologique indien (IMD) a annoncé que les précipitations de juillet sur l’Inde n’atteindraient que 94 % de la moyenne de long terme, prolongeant un déficit hydrique déjà marqué par un mois de juin historiquement sec — le cinquième plus aride depuis 1901, avec un écart de 39 % par rapport à la normale. Cette perspective s’inscrit dans un contexte de renforcement rapide d’un épisode El Niño dans le Pacifique équatorial, dont les modèles mondiaux estiment la probabilité de se hisser à un niveau « très fort » d’ici la fin de l’année à plus de 60 %.
Le mécanisme en jeu est double. D’une part, le réchauffement anormal des eaux de surface du Pacifique centre-est — déjà supérieur de 0,7 °C à la moyenne — affaiblit la circulation de mousson en réduisant le contraste thermique entre l’océan et le sous-continent, ce qui supprime la formation nuageuse et les précipitations. D’autre part, le creux de mousson, cette zone de basse pression qui aspire l’humidité du golfe du Bengale et de la mer d’Arabie, reste plaqué contre les contreforts himalayens, privant les plaines du nord, de Delhi au Rajasthan, de pluies significatives. L’imagerie satellite montre toutefois une bande nuageuse de 1 500 km s’étirant du Bengale au Cachemire, signe que la dynamique pourrait évoluer si ce creux migre vers le sud.
Les conséquences sectorielles et régionales se dessinent avec précision. En Inde, les semis de la campagne kharif accusent un retard de 23 % par rapport à l’an dernier, affectant le riz, les légumineuses et le soja, tandis que les réservoirs et l’humidité des sols s’amenuisent. Les économistes de Mumbai et de l’ancienne Commission du plan de l’Uttar Pradesh anticipent une hausse des coûts d’irrigation pour les agriculteurs et un possible fléchissement de la demande rurale en biens de consommation. En Indonésie, l’Agence de météorologie, climatologie et géophysique (BMKG) prévient que l’El Niño, classé en catégorie forte avec 98 % de probabilité, réduira les précipitations durant la saison sèche, en particulier au sud de l’équateur — Java, Bali, Nusa Tenggara, le sud de Sumatra et de Sulawesi —, sans pour autant signifier une sécheresse ininterrompue, car la mousson et El Niño restent des phénomènes distincts. À Hong Kong, l’Observatoire met en garde contre des températures records cette année et l’an prochain, sous l’effet conjugué du réchauffement planétaire et d’un possible « super El Niño », susceptible d’intensifier les typhons tropicaux.
Les prochaines semaines seront déterminantes. L’IMD table sur la formation de dépressions dans le golfe du Bengale et sur un éventuel dipôle positif de l’océan Indien en seconde partie de mousson, deux facteurs qui pourraient compenser partiellement l’influence d’El Niño. Mais la Reserve Bank of India, dans son énoncé de politique monétaire du 5 juin, a déjà relevé le risque de pressions inflationnistes liées à l’incertitude sur la distribution spatiale et temporelle des pluies. Le véritable jalon à surveiller reste l’intensité qu’atteindra El Niño entre novembre 2026 et janvier 2027, période à laquelle les modèles du NOAA situent le pic potentiel d’un événement qui, s’il se confirme, rejoindrait les épisodes extrêmes de 1982-83, 1997-98 et 2015-16.
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Les autorités météorologiques indiennes prévoient des pluies inférieures à la normale en juillet, à 94 % de la moyenne à long terme, alors que les conditions El Niño s'intensifient. Le mois de juin s'est terminé avec un déficit de 39 %, ce qui en fait le cinquième mois de juin le plus sec depuis 1901, bien que la mousson progresse désormais vers les régions du nord. Certains États comme le Karnataka et le Telangana ont enregistré des déficits importants, suscitant des inquiétudes pour l'agriculture.
L'agence météorologique indonésienne prévient qu'El Niño pourrait durer de 9 à 12 mois et a 98 % de chances d'être fort, ce qui pourrait réduire les précipitations dans le sud du pays pendant le pic de la saison sèche. Bien que la saison sèche s'étende, certaines zones de convergence pourraient encore apporter de la pluie la semaine prochaine.
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