
Les visages de la solitude : entre choix assumé et précarité subie
De Sydney à Montréal, des femmes revendiquent le droit de vivre seules, tandis que d’autres, faute de logement, n’ont d’autre choix que de se cacher sous les haies.
Sous les haies des banlieues ouest de Melbourne, Vanessa Heart, soixante ans, se recroquevillait la nuit pour échapper aux « monstres » – ces prédateurs qui, disait-elle, vous battaient et vous dépouillaient. Sans couverture, les os douloureux, elle fuyait un mari violent. Cette scène, rapportée par la radiotélévision publique australienne, n’est pas un cas isolé : les femmes de plus de cinquante-cinq ans sont de plus en plus nombreuses à basculer dans l’itinérance, souvent après des décennies de vie conjugale brisée par les abus.
Pourtant, à quelques encablures de là, d’autres Australiennes décrivent le célibat comme une conquête. Susanne Gervay, autrice de soixante-dix ans, égrène ses rituels – marches entre amies, club de lecture, petits-enfants le vendredi – avec la sérénité d’une vie pleine. En Amérique latine, des études relayées par la presse argentine soulignent que les quadragénaires et quinquagénaires sans partenaire stable ne deviennent pas plus froids, mais développent une « autosuffisance émotionnelle » forgée par l’exposition directe aux aléas de l’existence. La psychologie, telle que vulgarisée en Indonésie, rappelle que les introvertis puisent leur énergie dans le silence et la solitude, loin du bruit social qui les épuise.
Cette dualité entre solitude choisie et solitude subie traverse les sociétés occidentales. Au Québec, des manifestants réclamaient récemment l’inscription du droit au logement dans la Charte des droits et libertés, dénonçant une crise qui contraint des artistes, des mères seules, à consacrer l’essentiel de leurs revenus à un toit. En Australie, des travailleurs précaires se tournent vers des bateaux délabrés pour échapper à la rue, quitte à braver les autorités maritimes qui jugent ces embarcations dangereuses. « Ils devront me déloger sous la menace d’une arme », lance James Bryan, installé sur son voilier à Brisbane Water.
Ces trajectoires éclairent un basculement des représentations. Là où les générations précédentes pathologisaient le célibat, les sociétés australienne et nord-américaine font désormais place à des expériences diverses, du concubinage à distance au choix assumé de vivre seul. Mais cette liberté revendiquée par les unes se heurte à la réalité matérielle des autres : en Australie, le nombre de femmes sans-abri de plus de cinquante-cinq ans a bondi de 40 % en une décennie, et les refuges peinent à répondre à une demande portée à 60 % par des femmes et des filles.
Au crépuscule, Diana Connell, une autre survivante de violences conjugales, se souvient avoir branché sa machine d’alimentation sur les prises d’un McDonald’s, allongée dans sa voiture, son fils adolescent révisant ses examens sur la banquette arrière. « Imaginez que ce soit votre mère ou votre sœur », murmure-t-elle. Une image qui, des rives du Saint-Laurent aux criques de la côte centrale australienne, rappelle que le droit à la solitude paisible demeure, pour beaucoup, un luxe hors d’atteinte.
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