
Satluj, ou le destin contrarié d’un film sur les disparus du Pendjab
Diffusé brièvement sur ZEE5 après des années de censure, le long-métrage sur le militant Jaswant Singh Khalra a été retiré en Inde, suscitant une onde de choc et un défi lancé aux ténèbres.
Dimanche soir, en Inde, des spectateurs qui s’étaient installés pour découvrir Satluj sur la plateforme ZEE5 ont vu le film s’interrompre brutalement. L’écran s’est figé, puis le titre a disparu du catalogue. Le long-métrage, qui venait tout juste d’être mis en ligne deux jours plus tôt, n’était plus accessible. Sur les réseaux sociaux, les témoignages se sont multipliés, certains évoquant une coupure en plein milieu du récit.
Satluj – initialement intitulé Punjab 95, puis Ghallughara – retrace le combat de Jaswant Singh Khalra, un employé de banque devenu militant des droits humains. Dans les années 1990, il avait entrepris de documenter les disparitions forcées et les crémations clandestines de milliers de corps non identifiés au Pendjab, une région alors en proie à une insurrection armée. Arrêté par la police en 1995, il n’a jamais réapparu. Le film, réalisé par Honey Trehan et porté par l’acteur et chanteur Diljit Dosanjh, s’attache à restituer cette quête de vérité.
Le parcours du film est lui-même devenu le reflet des tensions qu’il dépeint. Présenté au Central Board of Film Certification (CBFC) en 2022, il s’est heurté à une demande de 127 coupes, selon la presse indienne. Les censeurs exigeaient la suppression de toute référence à la réalité : le nom de Khalra, le lieu de Tarn Taran, les chiffres des exécutions extrajudiciaires, les termes mêmes de « droits humains ». Le titre a dû être changé, et le film, retiré in extremis du Festival de Toronto en 2023, est resté bloqué pendant près de trois ans. Sa sortie directe sur ZEE5 le 3 juillet 2026, sans aucune coupe, a donc été perçue comme une victoire fragile.
La réaction du public a été immédiate et passionnée. L’ancien joueur de cricket et député Harbhajan Singh a salué un « film à voir absolument », tandis que la veuve de Jaswant Singh Khalra, Paramjit Kaur Khalra, s’est dite « soulagée » que l’œuvre ait enfin vu le jour dans sa version intégrale, approuvée par la famille. Mais la joie a été de courte durée. Le 5 juillet, ZEE5 annonçait le retrait du film du catalogue indien, invoquant des « développements actuels » sans autre précision. La plateforme a toutefois réaffirmé son soutien au film et sa volonté de le rendre à nouveau disponible par les voies légales. À l’international, Satluj reste accessible via ZEE5 Global, dessinant une frontière invisible entre les publics.
Quelques heures après l’annonce, Diljit Dosanjh a publié sur Instagram un extrait du film accompagné de ces mots : « I challenge the darkness ». Un défi lancé aux ténèbres, qui fait écho au destin de Khalra et à celui d’un film dont la brève apparition semble avoir ravivé, plus que jamais, la mémoire d’un homme et d’une époque que certains voudraient effacer.
| Presse du Golfe arabe | 0.00 | neutral |
|---|---|---|
| Presse indienne et sud-asiatique | −0.70 | critical |
ZEE5 Global maintient le film disponible pour les téléspectateurs des Émirats arabes unis tandis que la version indienne a été retirée. La plateforme exhorte à ne pas pirater et assure qu'elle travaille à restaurer l'accès.
Présente le retrait comme un problème technique et régional, minimisant les implications politiques et de censure.
Omet le contexte politique et les violations des droits de l'homme qui ont conduit au retrait du film, le présentant comme un simple problème de disponibilité.
Le film Satluj dénonce la brutalité policière et les exécutions extrajudiciaires pendant l'insurrection du Pendjab ; son retrait est une attaque contre la liberté d'expression et une censure de la vérité historique.
Encadre le retrait comme faisant partie d'une répression plus large de la vérité historique, utilisant la figure de l'activiste Jaswant Singh Khalra pour universaliser la lutte pour les droits de l'homme.
Omet la disponibilité du film sur ZEE5 Global et les efforts de ZEE5 pour le restaurer, se concentrant uniquement sur la censure en Inde.
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