
Sous un tertre herbeux à Berlin, la controverse autour du dernier bunker de la chancellerie nazie
Un projet de logements de luxe menace l’un des ultimes vestiges souterrains du régime hitlérien, ravivant un débat entre mémoire historique et développement urbain.
Une petite butte herbeuse, à peine perceptible, s’élève sur un terrain vague de la Vossstrasse, à quelques pas de la porte de Brandebourg. À sa lisière, les restes d’une entrée maçonnée s’enfoncent dans le sol. C’est tout ce qui affleure de l’un des plus anciens bunkers de l’époque nazie à Berlin, ultime fragment de la Nouvelle Chancellerie du Reich, ce palais monumental conçu par Albert Speer pour incarner la toute-puissance d’Adolf Hitler. L’ouvrage souterrain, qui servit d’abri au personnel puis d’hôpital militaire dans les derniers jours de la guerre, est aujourd’hui au cœur d’une querelle qui dépasse largement les frontières de la capitale allemande.
Un investisseur hambourgeois projette de raser environ la moitié de ce complexe de 1 200 mètres carrés, aux murs et plafonds épais de 1,70 mètre, pour y ériger un immeuble d’habitation de sept étages et un bâtiment de bureaux. Le sénateur berlinois chargé de la construction, Christian Gaebler, a donné son feu vert, arguant que la ville ne saurait entraver la création de logements indispensables pour conserver un bunker qui risquerait de devenir un « lieu de pèlerinage » pour les néonazis. La directrice de l’urbanisme, Petra Kahlfeldt, a ajouté que les autorités patrimoniales ne jugeaient pas la conservation nécessaire, Berlin regorgeant déjà de sites historiques souterrains ouverts au public.
Face à cette position, une large coalition d’historiens, d’associations et d’institutions s’est dressée. En Allemagne, le Conseil des monuments historiques de Berlin a recommandé l’inscription du bunker sur la liste des édifices protégés, soulignant que la Nouvelle Chancellerie fut « le centre de planification et le point de départ de la Seconde Guerre mondiale » et qu’elle « symbolise la fin catastrophique du régime nazi ». Dietmar Arnold, président de l’association Berliner Unterwelten, a qualifié le projet de « folie totale », rappelant que le bunker, qu’il a visité en 2007, est en excellent état. Il plaide pour une transformation en musée et mémorial, en coopération avec le Musée juif de Berlin, afin de documenter la fin de la guerre du point de vue des auteurs des crimes.
La controverse a trouvé un écho bien au-delà des cercles spécialisés allemands. La presse israélienne, russe, italienne et suisse s’en est fait l’écho, chacun y projetant ses propres sensibilités mémorielles. En Israël, le quotidien Kikar HaShabbat insiste sur la valeur historique du lieu comme « centre du pouvoir de l’Allemagne nazie », tandis que le Jerusalem Post rappelle la proximité avec le Führerbunker où Hitler se suicida. En Russie, le journal Kommersant et le service russe de la BBC soulignent le rôle de l’Armée rouge dans la destruction de la chancellerie en 1949, et s’interrogent sur l’effacement des traces matérielles du nazisme. En Italie, Il Post replace le débat dans la longue histoire de l’occultation des lieux hitlériens à Berlin, rappelant que le Führerbunker lui-même est resté longtemps non signalé pour éviter toute mystification.
Aujourd’hui, le tertre herbeux de la Vossstrasse demeure silencieux, son entrée à demi enfouie sous la végétation. Le projet de démolition, déjà inscrit au plan d’urbanisme depuis 2006, n’a pas encore été mis en œuvre, mais la pression immobilière dans ce quartier central de Berlin est forte. Reste à savoir si ce fragment de béton, témoin muet de la machine de guerre nazie, disparaîtra sous les fondations d’un immeuble de standing, ou s’il deviendra, comme le souhaitent ses défenseurs, un lieu de pédagogie et de mémoire ouvert au public.
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Les projets de démolition du dernier bunker nazi intact de Berlin pour construire des appartements de luxe ont suscité une vive condamnation. Ce bunker, qui faisait partie du complexe de la Chancellerie du Reich, est considéré comme un témoin historique essentiel des crimes du Troisième Reich et de sa chute. Les critiques avertissent que sa destruction effacerait un mémorial crucial et risquerait de créer un vide que les groupes d'extrême droite pourraient exploiter.
À Berlin, un débat oppose conservation historique et développement urbain autour d'un bunker nazi désaffecté. Le plan d'urbanisme de 2006 prévoyait déjà la construction de nouveaux logements sur le site, mais des groupes locaux demandent que le bunker soit conservé et ouvert au public en tant que document historique. La controverse reflète la tension persistante entre le souvenir du passé et les besoins actuels en logements.
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