
Zéro jour sans absurdité : chez Meta, le blues des employés à l’ère de l’IA
Licenciements par milliers, surveillance des frappes de clavier et départ d’un pionnier de l’IA : la quête de suprématie de Mark Zuckerberg fissure le géant des réseaux sociaux.
Le 22 juin, un programme interne de Meta captant les clics, les frappes et l’historique de navigation des employés américains a été suspendu. La raison : des conversations privées et des données de performance étaient devenues accessibles à l’ensemble du personnel. Plus de 1 600 salariés avaient déjà signé une pétition contre cette « Initiative de renforcement des capacités du modèle », certains comparant l’entreprise à une « usine d’extraction de données ». Sur un forum interne, un employé a résumé l’ambiance par un mème tiré de la série The Office : « 0 jour depuis notre dernière absurdité. »
Ce programme, défendu par Mark Zuckerberg – « les modèles d’IA apprennent en regardant des gens très intelligents faire des choses » –, illustre la méthode du fondateur pour rattraper le retard de Meta sur Google, OpenAI et Anthropic. Depuis début 2025, les licenciements se succèdent : 8 000 postes supprimés ce printemps, soit 10 % des effectifs, et 7 000 autres salariés réaffectés. Pourtant, les finances sont florissantes : au premier trimestre 2026, le bénéfice net a dépassé 26 milliards de dollars, porté par la publicité. Mais la facture des investissements en IA explose – jusqu’à 145 milliards de dollars cette année –, et Zuckerberg, qui dispose d’un pouvoir quasi absolu, impose des coupes claires et une surveillance accrue au nom de l’efficacité.
La fronde interne s’inscrit dans un mouvement plus large. Selon une analyse de Business Insider, les géants de la tech américains dépensent des milliards en indemnités de licenciement tout en investissant massivement dans l’IA. Amazon a ainsi provisionné 2,7 milliards de dollars pour des suppressions de postes, Oracle et Intel 1,8 milliard chacun. Chez Meta, la réorganisation a provoqué le départ de Yann LeCun, figure tutélaire de l’IA moderne, qui a quitté l’entreprise fin 2025 après avoir été placé sous la direction d’Alexandr Wang, un jeune patron de 28 ans recruté pour 14 milliards de dollars. Dans un entretien au Financial Times, le prix Turing a déploré une quête « sans issue », jugeant que Wang, « bien qu’il apprenne vite, n’a aucune expérience de la recherche ».
En interne, la presse américaine décrit une « culture de la peur », où chaque salarié redoute la prochaine vague de départs. Le décalage est saisissant avec le discours public de Zuckerberg, qui affirmait en mai, quelques jours après les licenciements, que les craintes de destruction d’emplois par l’IA étaient exagérées. « Si l’on se concentre sur l’autonomisation des personnes, il devrait y avoir plus d’emplois à l’avenir, pas moins », a-t-il déclaré, en contraste avec les avertissements du PDG d’Anthropic, Dario Amodei, qui prédit la disparition de la moitié des postes de cols blancs débutants d’ici cinq ans.
L’épisode de la surveillance a aussi éveillé l’attention des régulateurs européens, le système ayant capté des échanges entre collaborateurs des deux continents. Alors que Meta suspend son programme le temps d’une enquête, le mème « 0 jour depuis notre dernière absurdité » continue de circuler, comme un écho ironique à la promesse d’une intelligence artificielle qui, pour l’heure, semble surtout nourrie d’inquiétude humaine.
Comment la même histoire est racontée ailleurs.
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La presse latino-américaine dépeint un climat de peur et de colère chez Meta : licenciements massifs, surveillance des employés et fuite des cerveaux empoisonnent l'ambiance interne, malgré la prospérité financière. La course à l'IA est présentée comme une machine qui broie les travailleurs.
Les médias sud-asiatiques juxtaposent les récents licenciements chez Meta et la déclaration de Zuckerberg selon laquelle les entreprises devraient responsabiliser les travailleurs plutôt que les remplacer. Le récit souligne l'écart entre les assurances publiques et la réalité des suppressions d'emplois, sur un ton pragmatique mais sceptique.
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