
Lampedusa, 4 juillet : le pape Léon XIV oppose l’accueil des migrants à la célébration de l’indépendance américaine
En se rendant sur l’île symbole des naufrages en Méditerranée le jour de la fête nationale des États-Unis, le premier pontife américain de l’histoire adresse un message à son pays d’origine et à l’Europe.
Le pape Léon XIV a atterri ce samedi 4 juillet sur l’île italienne de Lampedusa, principal point d’arrivée des migrants traversant la Méditerranée centrale, au moment même où les États-Unis célèbrent le 250e anniversaire de leur Déclaration d’indépendance. La veille, depuis le Vatican, il avait reçu la Liberty Medal du National Constitution Center de Philadelphie et, dans un discours vidéo, appelé l’Amérique à renouer avec ses principes fondateurs d’unité et d’accueil, rappelant que « des vagues successives d’immigrés » ont contribué à « façonner l’avenir de la nation ». Ce déplacement, le second d’un souverain pontife sur ce confetti sicilien après la visite de François en 2013, constitue un geste à la portée à la fois religieuse et géopolitique, selon des sources proches du Saint-Siège.
La visite papale se déroule dans un contexte de durcissement des politiques migratoires des deux côtés de l’Atlantique. Aux États-Unis, l’administration Trump a multiplié les mesures restrictives et les expulsions massives, suscitant des tensions répétées avec le pape, natif de Chicago. En Europe, l’Union européenne a récemment adopté un nouveau pacte migratoire qui prévoit un recours accru à la détention et la création de centres de rétention hors de ses frontières. Parallèlement, selon des informations publiées par le quotidien espagnol El Mundo, le gouvernement italien s’apprête à ouvrir à Lampedusa un centre sous juridiction militaire destiné à la « rétention et au rapatriement » des personnes sans droit à la protection internationale, transformant ainsi l’île d’un lieu de premier accueil en un possible point d’expulsion.
Les autorités italiennes, représentées sur place par le sous-secrétaire à la présidence du Conseil Alfredo Mantovano, ont déployé un important dispositif de sécurité pour cette visite qui attire entre 10 000 et 15 000 personnes, alors que l’île compte environ 6 000 résidents permanents. L’archevêque d’Agrigente, Mgr Alessandro Damiano, a souligné que la présence du pape constitue « un message clair » en faveur de l’accueil, tandis que le porte-parole du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), Filippo Ungaro, a estimé que ce déplacement « envoie un message fort à une époque où le débat politique mondial sur la migration se concentre davantage sur les frontières et la dissuasion que sur la protection et la responsabilité partagée ». Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), malgré une baisse des arrivées par mer en Italie, le nombre de décès en Méditerranée centrale a augmenté de 57 % par rapport à l’année précédente, atteignant 865 morts à la fin juin.
Le programme du pape, qui a débuté par un hommage floral au cimetière des migrants non identifiés, s’est poursuivi par une bénédiction au Molo Favaloro, où une plaque a été dédiée à son prédécesseur François, et par une messe en plein air dans le stade de l’île. Ce choix de Lampedusa plutôt que des célébrations officielles à Washington est interprété par des analystes européens comme une réaffirmation de la ligne diplomatique du Vatican, qui place la défense des migrants au cœur de son magistère, en écho à l’encyclique Fratelli Tutti. Le secrétaire d’État du Saint-Siège, le cardinal Pietro Parolin, a toutefois précisé que la date du voyage n’était « pas dirigée contre les États-Unis ». Le pape Léon XIV, qui a passé deux décennies comme missionnaire au Pérou, devrait regagner Rome en début d’après-midi, laissant derrière lui une île où, selon les mots d’un responsable ecclésial sicilien, « le Mare Nostrum est devenu un cimetière sans pierres tombales ».
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Le premier pape d'origine américaine a profité de la cérémonie de la Médaille de la Liberté pour appeler à l'unité nationale et à un retour aux principes fondateurs, en soulignant l'apport historique des immigrés sans confrontation directe avec l'administration.
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