
San Fermín : un taureau noir, une corne au visage et l’ombre des meutes
Un encornement lors des fêtes de Pampelune ravive les lectures contrastées d’un rituel centenaire, entre tradition, danger et métaphore des violences collectives.
Un taureau noir s’est détaché de la meute dès le passage de Santo Domingo. Dans la rue étroite, il a foncé sur un groupe de coureurs, sa corne heurtant un visage de plein fouet. Les corps ont roulé sur les pavés, les chutes ont provoqué des enchevêtrements. Ce samedi 12 juillet, cinquième jour des fêtes de la San Fermín à Pampelune, le bilan de l’encierro s’est alourdi : treize blessés, dont un homme encorné au visage, selon l’hôpital universitaire de Navarre. La course, qui dure à peine deux minutes et demie sur 875 mètres, a une fois encore mêlé novices, touristes étrangers et habitués dans une cohue où l’instinct de survie le dispute à l’ivresse du risque.
L’édition 2026 marque le centenaire de la parution du roman d’Ernest Hemingway, Le soleil se lève aussi, qui offrit à ces fêtes une renommée internationale. La presse anglo-saxonne a rappelé que le dernier décès remonte à 2009, mais que les encornements et fractures restent fréquents. En Espagne, les chroniques taurines ont détaillé le parcours des six taureaux de l’élevage José Escolar, saluant leur noblesse malgré la massification. Le même jour, dans l’arène, le matador Morante de la Puebla a livré une faena ciselée devant un public qui, selon un chroniqueur madrilène, « ne sut pas la voir », tandis que Borja Jiménez laissait échapper un toro d’une classe exceptionnelle. La fête se déploie ainsi sur un double registre : la bousculade matinale, où l’homme défie la bête dans la rue, et le cérémonial vespéral, où le torero affronte seul le destin.
Pourtant, c’est depuis l’Amérique latine qu’est venue la lecture la plus dérangeante. Un éditorial colombien a superposé à l’image des coureurs en blanc et rouge celle des « manadas » humaines. Le terme, en Espagne, reste indissociable du viol collectif perpétré en 2016 par cinq hommes qui se surnommaient « La Manada ». La chroniqueuse a convoqué d’autres scènes : la marche du groupe suprémaciste Patriot Front à Washington, les célébrations footballistiques où les corps masculins envahissent l’espace, les statistiques de violences conjugales qui bondissent les soirs de match. En Colombie, a-t-elle rappelé, les dénonciations de violences intrafamiliales augmentent de 19 % lorsque joue la sélection nationale. La meute, écrit-elle, n’est pas un simple groupe animal : c’est une horde où l’anonymat du nombre libère les pulsions.
Cette résonance politique et mémorielle colore d’une teinte trouble le rituel pamplonais. Là où les médias internationaux voient un reportage spectaculaire, la sensibilité latino-américaine décèle le symptôme d’une masculinité grégaire. Le débat dépasse la péninsule Ibérique : en France, les arènes du Sud-Ouest perpétuent une tradition tauromachique qui suscite des oppositions croissantes, tandis qu’en Belgique ou au Canada francophone, la question animale et les violences sexuelles s’invitent dans les lectures de l’événement. La San Fermín, exportée par Hemingway, se trouve aujourd’hui prise dans un entrelacs de significations contradictoires.
Au terme de l’encierro, les taureaux sont entrés dans la plaza en file indienne, indifférents aux stimuli du ruedo, comme détachés de la frénésie humaine. Image fugace d’une noblesse animale qui contraste avec les meutes d’hommes, qu’elles soient de coureurs, de supporteurs ou d’agresseurs. La fête continue, mais le taureau, lui, ne regarde plus la foule.
| Presse atlantique / anglosphère | −0.20 | neutral |
|---|---|---|
| Presse latino-américaine | −0.80 | critical |
| Presse européenne continentale | −0.30 | critical |
La course de taureaux de San Fermín est un événement dangereux qui a causé des blessures.
En citant le nombre de blessés et en décrivant le chaos, le rapport présente l'événement comme un incident de sécurité qui parle de lui-même.
Le rapport omet toute référence à l'affaire de viol collectif de 2016 (La Manada) associée au festival.
Le festival de San Fermín est un lieu de violence sexuelle systémique, illustré par l'affaire La Manada.
En projetant l'affaire de viol de 2016 sur le festival actuel, le récit transforme la course de taureaux en symbole de violence patriarcale plutôt qu'en événement autonome.
Le rapport omet les détails de la course de taureaux (encornements, blessés, chaos de la foule) pour se concentrer exclusivement sur l'affaire d'agression sexuelle.
La course de taureaux de San Fermín était dangereusement chaotique à cause d'un taureau rebelle, et la corrida qui a suivi a été artistiquement décevante.
En fournissant des descriptions détaillées et internes du comportement du taureau et de la performance des matadors, le rapport établit son autorité et présente l'événement comme une question de critique technique et culturelle.
Le rapport omet toute référence à l'affaire d'agression sexuelle La Manada de 2016 et à la critique sociale plus large de la violence de genre.
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