
Londres injecte 15 milliards de livres dans sa défense, un plan jugé insuffisant par les militaires
Le premier ministre Keir Starmer a présenté un plan d’investissement militaire de près de 300 milliards de livres sur quatre ans, misant sur les drones et les systèmes autonomes, alors que son départ est imminent.
Le gouvernement britannique a annoncé mardi un relèvement de 15 milliards de livres (environ 17,4 milliards d’euros) de son budget de défense, portant l’enveloppe totale à près de 300 milliards de livres sur la période 2025-2029. Présenté par le premier ministre Keir Starmer comme un « héritage » à quelques semaines de son départ, ce Plan d’investissement de défense (DIP) prévoit de consacrer 5 milliards de livres aux drones et aux armements autonomes, de transformer la Royal Navy en une flotte « hybride » intégrant des navires sans équipage, et de moderniser la dissuasion nucléaire. Selon Downing Street, l’effort permettra d’atteindre 2,7 % du PIB consacré à la défense d’ici 2029, avec une trajectoire vers 3,5 % en 2035, conformément aux engagements pris lors du sommet de l’OTAN à La Haye.
Du côté des forces armées et de l’opposition, l’accueil est nettement plus réservé. Les chefs militaires britanniques estimaient nécessaire un complément de 28 milliards de livres pour combler les lacunes capacitaires, notamment face au scénario d’une attaque russe contre un pays de l’OTAN dès 2030, évoqué par les services de renseignement. L’ex-ministre de la Défense John Healey, qui a démissionné début juin pour protester contre l’insuffisance des moyens alloués, a qualifié le plan de « campagne de fumée ». La cheffe de l’opposition conservatrice, Kemi Badenoch, juge l’enveloppe « trop faible, trop tardive », tandis que les libéraux-démocrates dénoncent un document « en retard et sous-financé ». Le syndicat GMB, tout en saluant une certaine stabilité pour le secteur, prévient que les travailleurs jugeront le plan « sur les emplois réels et les résultats concrets ».
Le financement de cette hausse repose en grande partie sur l’annulation de projets d’infrastructures routières et énergétiques, ainsi que sur une ponction d’un point de pourcentage par an dans les budgets des autres ministères. La chancelière Rachel Reeves a défendu une approche de « securinomics », liant sécurité nationale et croissance, et refusé le recours à l’emprunt. Pour les analystes européens, ce choix illustre la difficulté des États membres de l’OTAN à concilier les exigences de Washington – le président Donald Trump réclame 5 % du PIB pour la défense d’ici 2035 – avec des finances publiques sous tension. Le plan britannique, qui met l’accent sur des systèmes peu coûteux et rapidement déployables, s’inspire directement des leçons du conflit ukrainien, où les drones ont bouleversé les rapports de force, et des récents affrontements au Moyen-Orient.
Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a salué un « pas important » pour la sécurité collective, tandis que le successeur pressenti de M. Starmer, Andy Burnham, a indiqué que les futurs gouvernements pourraient « bâtir » sur ce socle. Le plan doit être présenté au sommet de l’Alliance atlantique à Ankara les 7 et 8 juillet, où la question du partage du fardeau budgétaire sera centrale. D’ici là, le débat reste ouvert au Royaume-Uni sur la capacité réelle de ce programme à restaurer une armée « prête au combat » sans une révision plus profonde des priorités budgétaires nationales.
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