
L’Inde somme Meta de supprimer les publicités promouvant des contenus pédocriminels
Après une enquête de la BBC révélant des annonces sur Instagram facilitant l’accès à des matériels d’exploitation sexuelle d’enfants, New Delhi exige des explications sous sept jours et accentue sa surveillance des plateformes numériques.
Le ministère indien de l’Électronique et des Technologies de l’information (MeitY) a ordonné à Meta, maison mère d’Instagram, de désactiver immédiatement toute publicité ou contenu rémunéré facilitant l’accès à des matériels d’exploitation sexuelle d’enfants (CSEAM), après qu’une investigation de la BBC eut mis au jour de telles pratiques. Selon des sources gouvernementales indiennes, l’entreprise américaine dispose de sept jours pour fournir une explication détaillée sur la manière dont ces annonces ont été validées, les défaillances des systèmes de modération et les mesures prises pour éviter toute récidive. Cette injonction fait suite à la diffusion d’éléments attestant que des annonces payantes sur Instagram, utilisant des mots-clés explicites comme « rape video » ou « child video », redirigeaient les utilisateurs vers des chaînes Telegram où ce type de contenu illégal était vendu pour l’équivalent d’environ 80 centimes d’euro.
Du côté de Meta, la réponse insiste sur une politique de « tolérance zéro » envers les contenus pédocriminels, affirmant utiliser des systèmes d’intelligence artificielle avancés pour les détecter et les supprimer. La firme a reconnu que « aucun système de modération n’est parfait » et que des acteurs malveillants cherchent constamment à contourner les contrôles. Elle a procédé à la désactivation des publicités incriminées, suspendu des comptes et bloqué des URL associées. La BBC, pour sa part, a rapporté que lorsqu’elle avait signalé l’une de ces annonces, Instagram avait initialement répondu qu’elle ne violait pas ses standards communautaires. Telegram, également épinglé par l’enquête, a indiqué avoir supprimé plus de 274 000 groupes et canaux liés à de tels contenus en 2026, tout en reconnaissant la difficulté d’éradiquer totalement ces réseaux.
Cette affaire survient dans un contexte où les autorités indiennes renforcent leurs exigences de responsabilité des intermédiaires numériques. La loi indienne, notamment l’article 67B de la loi sur les technologies de l’information, criminalise la diffusion en ligne de matériel d’exploitation sexuelle d’enfants. Le gouvernement examine actuellement si Meta a respecté les règles de conformité et de sécurité imposées aux plateformes. Au-delà de ce dossier, un autre signal des tensions : le ministère des Affaires étrangères a mis en garde le public contre des comptes Instagram frauduleux se présentant comme des experts en politique étrangère et proposant des services payants pour travailler avec le ministère, soulignant une vigilance accrue face aux dérives des réseaux sociaux.
Cette séquence illustre la pression croissante exercée par l’Inde sur les géants technologiques, dans un mouvement plus large de régulation du numérique qui fait écho aux préoccupations européennes sur la protection des mineurs en ligne. Alors que des voix s’élèvent pour demander des comptes, y compris dans la rue avec la grève de la faim du militant Sonam Wangchuk sur les irrégularités d’examens, le gouvernement indien semble déterminé à affirmer sa souveraineté numérique, en exigeant des plateformes qu’elles assument une responsabilité éditoriale accrue. L’échéance de sept jours fixée à Meta marque une étape concrète dont dépendra l’intensification ou l’apaisement des relations entre New Delhi et la Silicon Valley.
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