
L’Allemagne durcit l’accès aux arrêts maladie, le corps médical s’insurge
La coalition CDU-SPD impose un certificat médical dès le premier jour d’absence et supprime la téléconsultation pour les arrêts de travail, ravivant les tensions sur la compétitivité et la confiance.
Le gouvernement de coalition allemand a annoncé, le 25 juin, une réforme des règles d’arrêt maladie qui obligera les salariés à fournir un certificat médical dès le premier jour d’absence, et non plus à partir du quatrième jour comme le prévoit la législation actuelle. La possibilité d’obtenir un arrêt par simple appel téléphonique, instaurée pendant la pandémie de Covid-19, sera également supprimée. Le chancelier Friedrich Merz (CDU) a justifié cette décision par le niveau « exorbitant » des jours d’arrêt en Allemagne – environ 18 par an et par employé selon les chiffres avancés par son camp –, qu’il qualifie de « désavantage concurrentiel » pour l’économie nationale. Le dispositif s’inscrit dans un paquet de réformes plus large visant à relancer la croissance, comprenant des mesures fiscales, un allongement progressif de l’âge de la retraite et une flexibilisation du travail temporaire.
Les associations médicales allemandes ont immédiatement dénoncé une mesure qui, selon la Fédération des médecins de l’assurance maladie obligatoire (KBV), « frise la folie » et entraînerait jusqu’à 30 millions de consultations supplémentaires par an. Pour les généralistes, obliger des patients souffrant de toux ou de gastro-entérite à se rendre au cabinet risque de saturer les salles d’attente et de favoriser les contaminations. Du côté des sociaux-démocrates (SPD), partenaires de coalition, le vice-chancelier Lars Klingbeil et la ministre du Travail Bärbel Bas ont pris leurs distances, évoquant la nécessité de « solutions praticables » et une évaluation des effets réels de la mesure. Selon des responsables du SPD, l’acceptation de ce durcissement visait surtout à éviter l’instauration de jours de carence non payés, réclamée par l’aile conservatrice.
La comparaison internationale, telle qu’elle ressort des données de l’OCDE relayées par la presse italienne, place l’Allemagne dans le tiers supérieur des pays en matière d’absentéisme, sans toutefois atteindre les niveaux de la Norvège. Le système allemand se distingue par le maintien intégral du salaire pendant six semaines, un filet de sécurité que les organisations patronales chiffrent à plus de 80 milliards d’euros par an. En Europe du Sud, l’Italie affiche une moyenne de 0,6 semaine d’absence annuelle par salarié, un écart qui nourrit, dans les milieux économiques d’outre-Rhin, le discours sur la nécessité de regagner en productivité. Pour le ministre de la Santé, Jens Spahn (CDU), le retour aux règles d’avant-Covid est un simple réalignement, tandis que le ministre-président de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, Hendrik Wüst, a mis en garde contre le risque sanitaire de voir des malades se presser dans les cabinets.
La mise en œuvre précise du texte reste floue. Le porte-parole du gouvernement, Stefan Kornelius, a précisé que le certificat ne devrait pas nécessairement être présenté le jour même de l’arrêt, mais couvrir la période dès le premier jour, et que la vidéoconsultation demeurerait possible. Les débats parlementaires à venir devront trancher ces modalités, alors que la coalition espère faire adopter l’essentiel du paquet de réformes d’ici la fin de l’année. Le dossier illustre, selon plusieurs observateurs allemands, un basculement d’un système fondé sur la confiance vers un contrôle accru, un changement de paradigme qui, pour une partie de la société, ébranle le modèle social rhénan.
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