
Enola Holmes 3 : une noce engloutie et les fantômes de l’Empire
Le troisième volet des aventures de la sœur de Sherlock Holmes, mis en ligne par Netflix, plonge l’héroïne dans une enquête maltaise où se croisent colonialisme et dilemme conjugal, sous le regard partagé de la critique internationale.
La robe est trempée, le voile flotte à la surface. Sur une plage de Malte, Enola Holmes vient de dire « oui » à Lord Tewkesbury lorsqu’elle asperge la caméra d’eau salée, comme pour effacer le sérieux de la cérémonie. L’image bascule sous les vagues et révèle l’épave d’un navire, l’« Adeline’s Wrath », vestige d’une affaire antérieure. Aucun sursaut, aucune menace tapie dans l’ombre : le troisième film de la franchise s’achève sur ce plan sous-marin, sans scène post-générique, laissant le spectateur face au silence des profondeurs.
Ce mariage tant attendu, Enola a pourtant failli le manquer. L’intrigue, adaptée une nouvelle fois des romans de Nancy Springer, l’oblige à différer ses noces pour partir à la recherche de son frère Sherlock, enlevé par un ennemi invisible. Accompagnée du docteur Watson, la jeune détective traverse l’archipel maltais, déchiffre des indices laissés par le disparu et affronte un dilemme qui taraude la société victorienne comme la nôtre : comment concilier vie conjugale et indépendance professionnelle ? Le réalisateur Philip Barantini, révélé par la série Adolescence, imprime au récit une tonalité plus sombre, qu’il a lui-même comparée au virage opéré par Harry Potter et le Prisonnier d’Azkaban dans la saga du sorcier.
Ce changement de climat s’accompagne d’une ambition thématique inédite. Là où les deux premiers volets s’attaquaient aux rigidités de l’Angleterre victorienne par le prisme du féminisme, Enola Holmes 3 élargit la focale à l’héritage colonial britannique. Le choix de Malte comme décor ne doit rien au hasard : l’île, ancienne possession de la Couronne, devient le théâtre d’un discours sur le racisme, les réparations et la révolution. Mais cette greffe politique ne prend pas partout. La critique indienne, par exemple, y voit un simple « bout de lèvres » (lip service), un vernis progressiste qui ne résiste pas à l’examen d’un scénario jugé faible. En Allemagne, la Süddeutsche Zeitung salue au contraire la fraîcheur d’une héroïne qui bouscule les conventions, tout en pointant la difficulté de réinventer un personnage sans heurter ses fans.
Le public, lui, semble au rendez-vous. Les données d’audience, bien que préliminaires, rappellent que la franchise a toujours su attirer les foules : le premier film avait cumulé plus d’un milliard de minutes de visionnage en une semaine, le deuxième avait propulsé Netflix en tête de son classement mondial. La presse américaine note que le score Rotten Tomatoes du troisième opus, autour de 73 % d’avis favorables, divise davantage que les 91 % et 93 % des épisodes précédents. En Espagne, les médias soulignent l’alchimie du couple formé par Millie Bobby Brown et Louis Partridge, tandis qu’en Indonésie, on insiste sur le retour d’Henry Cavill dans le rôle d’un Sherlock kidnappé, plus vulnérable que jamais.
Reste cette épave, l’« Adeline’s Wrath », qui hante la dernière image. Elle rappelle que les histoires, comme les empires, laissent des débris qui ne demandent qu’à refaire surface. Enola Holmes a-t-elle vraiment clos son récit par un mariage, ou seulement suspendu son enquête au-dessus d’un passé englouti ? Netflix, fidèle à sa stratégie, attendra les chiffres définitifs avant de commander une suite. Le silence de l’épave, lui, est déjà une réponse.
| Presse atlantique / anglosphère | +0.20 | neutral |
|---|---|---|
| Presse latino-américaine | −0.10 | neutral |
| Presse indienne et sud-asiatique | 0.00 | neutral |
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