
Les boucles d’oreilles de Zendaya et le cheval ensablé : l’Odyssée de Nolan entre splendeur et controverses
Des bijoux antiques portés sur le tapis rouge londonien aux salles IMAX combles de Bombay, le nouveau film de Christopher Nolan réveille le poème homérique tout en cristallisant les débats sur l’appropriation culturelle et la représentation.
Sur le tapis rouge de la première londonienne, le 5 juillet, Zendaya portait une paire de boucles d’oreilles en or vieilles de trois mille ans. Provenant du trésor de Ziwiye, mis au jour dans les années 1940 près de Saqqez, en Iran, ces disques millénaires ont très probablement été sortis clandestinement de leur site archéologique pour se retrouver dans la vitrine d’un joaillier londonien, puis aux oreilles de l’actrice américaine. L’archéologue connue sous le nom de Dr Z a aussitôt dénoncé, dans une vidéo virale, un « fétichisme du passé » et un encouragement au marché noir des antiquités, rappelant que les États-Unis venaient de bombarder le pays d’origine présumé de ces artefacts. L’épisode, presque surréaliste, a offert un prologue inattendu à la sortie mondiale de The Odyssey, l’adaptation par Christopher Nolan du poème d’Homère.
Le film lui-même, premier long-métrage de fiction intégralement tourné en IMAX 70 mm, déploie une démesure technique et financière – 250 millions de dollars de budget, six pays de tournage, des milliers de figurants et de costumes – qui a suscité l’admiration quasi unanime de la critique anglo-saxonne. Pour le Guardian, Nolan signe « un film d’une ambition, d’une audace et d’une générosité extraordinaires » ; le site RogerEbert.com salue une œuvre « prodigieusement impressionnante » où l’on « sent presque l’odeur de la mer et du sang ». En France, Le Figaro évoque un « film imposant comme un temple grec », quand Le Monde, plus sévère, juge que le réalisateur « peine à se hisser à la hauteur d’Homère » et déplore des personnages « à peine esquissés ». Partout, le jeu de Matt Damon en Ulysse hanté par la culpabilité du cheval de Troie est remarqué, de même que la performance de Robert Pattinson en prétendant visqueux ou celle, plus brève mais magnétique, de Lupita Nyong’o dans le double rôle d’Hélène et de Clytemnestre.
Au-delà de la technique, c’est la relecture morale du mythe qui divise. Nolan fait du stratagème du cheval une faute originelle, une violation des lois de l’hospitalité qui pèse sur la conscience de son héros et justifie ses errances. Cette actualisation, qui substitue à l’éthique guerrière de l’épopée une sensibilité contemporaine, a trouvé un écho particulier dans les diasporas. Pour les Grecs des Émirats arabes unis, rapporte le Khaleej Times, L’Odyssée est depuis toujours « un cadre pour comprendre le sentiment du nostos, ce désir doux-amer de la patrie », et le film de Nolan ravive cette expérience intime de l’exil. En Inde, plusieurs critiques ont souligné les parallèles avec le Ramayana et le Mahabharata, voyant dans le retour du roi, la fidélité de Pénélope et la quête de Télémaque des échos de récits fondateurs hindous, ce qui explique en partie les files d’attente devant les cinémas IMAX de Bombay, où les places se sont arrachées jusqu’à 3 100 roupies.
Le film a aussi cristallisé, bien avant sa sortie, les crispations identitaires qui traversent le débat public. Le choix de Lupita Nyong’o pour incarner Hélène de Troie a provoqué l’ire d’Elon Musk et de commentateurs conservateurs américains, qui y ont vu un « alibi diversitaire » ; la présence d’Elliot Page, acteur trans, dans le rôle du guerrier Sinon a alimenté des polémiques similaires. En Grèce, l’absence quasi totale d’acteurs hellènes dans la distribution a été déplorée. Ces controverses, note le quotidien italien Domani, ne sont pourtant pas nouvelles : « Homère a beau être une figure iconique de la culture antique, intouchable il ne l’a jamais été. » Le poème lui-même, rappelle la Frankfurter Allgemeine Zeitung, est une matière vivante, sans cesse renégociée entre l’artiste et son public.
Reste une image, celle qui ouvre le film et que plusieurs critiques ont comparée à la statue de la Liberté ensablée de La Planète des singes : le cheval de Troie à demi enfoui sur une plage, monument d’une ruse devenue fardeau. Ce colosse de bois, don perfide et tombeau collectif, résume à lui seul le pari de Nolan : faire d’un récit de trois millénaires le miroir des angoisses contemporaines, quitte à en estomper la magie des dieux pour mieux en scruter les failles humaines.
| Presse du Golfe arabe | +1.00 | aligned |
|---|---|---|
| Presse indienne et sud-asiatique | −0.40 | critical |
| Presse européenne continentale | +0.20 | neutral |
Dubaï célèbre le triomphe technologique de Nolan, présentant le film comme un jalon mondial du cinéma.
L'article universalise une réussite locale en la présentant comme une percée mondiale, ignorant les limitations techniques ailleurs.
L'article omet que de nombreux marchés, dont l'Inde et l'Italie, ne peuvent projeter le film dans son format IMAX 70mm prévu, ce qui sape le récit du triomphe universel.
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L'article met en lumière l'exclusion en se concentrant sur les lacunes techniques et les coûts élevés, créant un récit de victimisation et d'expérience manquée.
L'article omet que l'exploit technique du film reste révolutionnaire même en IMAX numérique, et que de nombreux spectateurs dans le monde en feront l'expérience en haute qualité.
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Le bloc utilise un double registre : un article explique de manière critique les limitations techniques, un autre vante l'ampleur du film, présentant les deux côtés sans résoudre la contradiction.
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