
Sous l’œil des machines, les examens du monde
Du Maroc au Brésil, en passant par l’Algérie et l’Italie, la saison des concours et des inscriptions universitaires révèle une transformation silencieuse des rites de passage par la technologie.
Dans les 2 000 centres d’examen marocains, un bourdonnement discret a remplacé les sonneries intempestives. Les 107 000 enseignants mobilisés pour la surveillance du baccalauréat 2026 n’ont plus seulement à scruter les regards fuyants : ils s’appuient désormais sur des détecteurs d’ondes capables de repérer téléphones et connexions cachées. Selon le ministre de l’Éducation nationale, Mohamed Saad Berrada, chaque appareil n’a surpris en moyenne que deux fraudeurs, contre 150 l’année précédente lors d’une expérimentation limitée. Les 3,3 millions de copies, corrigées par 31 622 correcteurs, ont ensuite été soumises à un contrôle qualité renforcé, tandis que le ministère promet pour l’an prochain une correction numérique automatisée pour éliminer les erreurs d’addition. La triche, vieille compagne des examens, semble reculer sous l’effet d’une traçabilité électronique assumée.
Cette mécanisation de l’intégrité scolaire n’est qu’un fragment d’un mouvement plus vaste. À Alger, le ministre de l’Enseignement supérieur, Kamal Badari, a présenté une plateforme entièrement numérisée pour l’orientation des 876 000 candidats au baccalauréat. Dès le 15 juillet, les nouveaux bacheliers devront remplir en ligne des vœux calculés par un « système intelligent » intégrant des modèles de langage massifs. L’intelligence artificielle, entraînée sur des données pédagogiques et de vie universitaire, générera des réponses personnalisées en langage naturel, disponible jour et nuit. L’objectif affiché par les autorités algériennes est de remplacer l’intuition familiale par un « data mining » des aspirations et des résultats, afin d’orienter chaque étudiant vers la filière statistiquement la plus prometteuse. Une école supérieure du pôle technologique de Sidi Abdellah exigera même un engagement de servir l’État pendant cinq ans après le diplôme, inscrivant le parcours individuel dans un contrat collectif.
À des milliers de kilomètres, le Brésil ouvre lui aussi ses vannes numériques. Les inscriptions pour le Programme Université pour tous (Prouni) du second semestre 2026 ont débuté le 7 juillet pour quatre jours seulement, via le portail unique du ministère de l’Éducation. Les candidats, qui doivent avoir obtenu au moins 450 points de moyenne à l’Enem et ne pas avoir rendu une copie blanche à la rédaction, se voient proposer des bourses intégrales ou partielles dans des établissements privés. La classification finale retiendra la meilleure note obtenue aux éditions 2024 ou 2025 de l’examen national, et les résultats de la première sélection tomberont le 15 juillet, le même jour que le début des inscriptions algériennes. Cette simultanéité fortuite dessine une planète étudiante synchronisée par des calendriers administratifs de plus en plus serrés, où la fenêtre pour décider d’un avenir se réduit à quelques clics.
L’Italie, de son côté, a déjà figé les dates des tests d’admission pour l’année académique 2026-2027. Le 11 septembre, les futurs enseignants du primaire plancheront les premiers, suivis par les candidats aux professions de santé, puis, le 30 septembre, par les aspirants médecins, dentistes et vétérinaires des cursus en anglais. Les épreuves d’architecture, elles, seront organisées par chaque université avant cette date butoir. Cette planification précoce, publiée par le ministère de l’Université et de la Recherche, contraste avec la frénésie de dernière minute observée ailleurs. Elle offre aux étudiants italiens un horizon stable, mais les place aussi face à une compétition dont les règles, pour les contenus précis des examens, ne seront dévoilées que par décrets ultérieurs.
Pendant que les jeunes s’alignent sur les grilles de correction, les fonctionnaires d’Abou Dhabi expérimentent une autre forme d’évaluation : celle de leur propre productivité augmentée. Le programme « Employé pionnier » a déployé la plateforme Microsoft 365 Copilot auprès de dizaines de milliers d’agents gouvernementaux, avec l’ambition de faire de l’émirat la première administration entièrement fondée sur l’intelligence artificielle d’ici 2027. L’outil ne se contente pas d’automatiser des tâches ; il devient, selon les promoteurs du projet, un partenaire quotidien dans l’analyse de données et la prise de décision. La plateforme « Tamm » illustre cette philosophie en proposant plus d’un millier de services publics via une interface unique, où l’usager dialogue avec des agents conversationnels. Loin des salles d’examen, c’est la notion même de mérite administratif qui se redessine, non plus seulement sanctionnée par un diplôme, mais par la capacité à collaborer avec des algorithmes. Dans un monde où le baccalauréat se passe sous détecteurs et où l’orientation se fait par chatbot, la frontière entre l’évaluation des élèves et celle des serviteurs de l’État devient de plus en plus poreuse.
| Presse latino-américaine | 0.00 | neutral |
|---|---|---|
| Presse européenne continentale | 0.00 | neutral |
| Presse arabe Levant-Maghreb | +0.50 | aligned |
| Presse du Golfe arabe | +1.00 | aligned |
Le gouvernement brésilien ouvre les inscriptions au Prouni, offrant des bourses pour l'accès à l'université.
La nouvelle est présentée comme un simple avis de service, sans contextualisation politique, normalisant l'intervention de l'État.
Le ministère italien de l'Université fixe les dates des tests d'admission pour les cours à accès limité.
La nouvelle est présentée comme une simple procédure bureaucratique, sans emphase ni critique, normalisant le processus sélectif.
Les gouvernements marocain et algérien modernisent l'éducation avec des détecteurs anti-fraude et l'intelligence artificielle, obtenant des résultats mesurables.
Le récit combine des données concrètes (nombre de détecteurs, réduction de la fraude) avec un ton célébratif, créant une symétrie entre le problème et la solution technologique.
Abou Dhabi se positionne comme le premier gouvernement IA au monde, formant ses employés avec des outils de pointe.
Le gouvernement est personnifié comme une entité ambitieuse et visionnaire, tandis que la technologie est présentée comme un moyen de responsabiliser les humains, pas de les remplacer.
Élargis ton regard
Les États-Unis bombardent l'Iran après des attaques contre des navires dans le détroit d'Ormuz
8 langues · 43 sources
Depuis Economy & MarketsReprise des investissements directs étrangers en 2025, entre concentration et ruée vers l’IA
4 langues · 9 sources
Depuis TechnologyOpenAI obtient le feu vert de Washington pour le lancement mondial de GPT-5.6
6 langues · 14 sources