
Le cri du zoo et les gestes simiesques : le calvaire de IShowSpeed au Mondial argentin
Le streamer américain IShowSpeed a été la cible d'insultes racistes lors de deux matchs de l'Argentine, poussant la FIFA à ouvrir une enquête et révélant la persistance d'un fléau dans les stades.
Sur la retransmission en direct, on voit d'abord le sourire crispé de Darren Jason Watkins Jr., 21 ans, connu sous le nom d'IShowSpeed. Il porte le maillot de l'Égypte, ce soir du 7 juillet 2026 à Atlanta, et filme la tribune argentine qui exulte après le but de la victoire. Soudain, un supporter pointe le doigt vers lui et mime un singe. Le geste, capturé par la caméra du jeune homme, fige l'euphorie en un instant de sidération. Quelques jours plus tôt, à Miami, une femme en maillot albiceleste lui avait déjà crié, en espagnol, d'« aller pleurer au zoo ». La scène, devenue virale, a contraint la FIFA à sortir de son silence.
Le personnage central de ces incidents est un créateur de contenu noir américain aux audiences vertigineuses : plus de 57 millions d'abonnés sur YouTube, 53 millions sur TikTok, 50 millions sur Instagram. Présent dans les stades grâce à un partenariat officiel avec la FIFA, Fox Sports et YouTube, IShowSpeed s'est imposé comme l'une des figures médiatiques de ce Mondial 2026, filmant ses réactions en direct, entouré de célébrités comme Gianni Infantino ou Zlatan Ibrahimović. Sa particularité : afficher un soutien bruyant à Cristiano Ronaldo et, par provocation, porter systématiquement le maillot de l'adversaire de l'Argentine. C'est ainsi qu'il s'est retrouvé, lors du seizième de finale contre le Cap-Vert, puis du huitième contre l'Égypte, au cœur d'une hostilité qui a rapidement dépassé la simple rivalité sportive.
La réponse institutionnelle ne s'est pas fait attendre. Dès le 8 juillet, la FIFA a annoncé l'ouverture d'une enquête, condamnant « avec la plus grande fermeté le racisme, la haine et la discrimination sous toutes leurs formes ». Le communiqué rappelle que la Coupe du monde est « une célébration de l'unité, de la diversité et du respect », et que quiconque agit à l'encontre de ces valeurs « n'est pas le bienvenu dans notre sport ». Cette réaction s'inscrit dans un contexte plus large : quelques jours auparavant, la Fédération française de football avait annoncé des poursuites pénales contre une sénatrice paraguayenne, Celeste Amarilla, pour des propos racistes visant Kylian Mbappé. La presse européenne, notamment britannique et allemande, a largement relayé ces deux affaires, y voyant la persistance d'un racisme ordinaire que les dispositifs anti-discrimination peinent à endiguer.
Au Brésil, l'indignation a pris une tonalité particulière. L'influenceur Luva de Pedreiro, qui avait assisté à un match aux côtés d'IShowSpeed, a interpellé la FIFA dans une vidéo visionnée des millions de fois : « Il faut punir ces vagabonds, ces salauds. Si la FIFA ne fait rien, c'est nous qui allons régler ça à coups de poing. » La presse brésilienne a souligné le contraste entre la ferveur populaire autour de la star américaine et la banalisation des insultes racistes dans les stades sud-américains. En Indonésie et en Italie, les médias ont mis l'accent sur l'image écornée de l'Argentine, championne en titre, dont le parcours sportif héroïque — deux remontadas consécutives — se trouve assombri par le comportement d'une partie de ses supporters.
Alors que l'enquête de la FIFA suit son cours, une image demeure : celle d'un jeune homme au sourire effacé, filmant en direct le visage de ceux qui l'insultent, transformant malgré lui son corps en écran où se projettent les démons du football mondial. IShowSpeed n'a pas commenté publiquement les faits, laissant ses millions d'abonnés scruter, dans le silence de ses diffusions, les gestes et les mots qui disent, mieux qu'un long discours, la fragilité des célébrations officielles de la diversité.
| Presse latino-américaine | −0.70 | critical |
|---|---|---|
| Presse européenne continentale | 0.00 | neutral |
| Presse atlantique / anglosphère | −0.30 | critical |
L'Amérique latine condamne le racisme et exige des actions concrètes de la FIFA.
Elle met en avant la victime et mobilise la solidarité régionale, transformant un incident isolé en un cas emblématique de discrimination.
Elle omet l'incident précédent de Miami et les mots spécifiques utilisés par le supporter, se concentrant plutôt sur le schéma plus large du racisme.
L'Europe continentale enregistre l'événement sans prendre position.
Elle adopte un ton détaché et institutionnel, réduisant la tension émotionnelle à une procédure formelle.
Elle omet l'incident précédent de Miami et la réaction d'autres influenceurs, réduisant l'histoire à la seule enquête de la FIFA.
Le monde atlantique condamne le racisme et s'en remet à la FIFA pour la résolution.
Il déplace l'attention de l'incident vers la réponse institutionnelle, légitimant l'action de la FIFA comme autorité morale.
Il omet l'incident précédent de Miami et la solidarité d'autres influenceurs, réduisant le récit à la réaction officielle de la FIFA.
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