
Otan : Rutte adoube la stratégie de Trump sur l’Iran, les Européens coordonnent leur réponse avant Ankara
Le secrétaire général de l’Alliance atlantique a défendu l’opération américaine contre Téhéran tout en appelant à un réarmement accéléré, tandis que les cinq principales puissances militaires du continent se réunissaient à Berlin pour harmoniser leurs positions.
Dans un entretien accordé à la chaîne américaine Fox News, le secrétaire général de l’Otan, Mark Rutte, a apporté un soutien explicite à la stratégie du président Donald Trump visant, selon ses termes, à « dégrader la capacité nucléaire de l’Iran ». Il a qualifié Téhéran d’« exportateur de chaos et de terrorisme » et estimé qu’un accès de la République islamique à l’arme atomique serait « dévastateur pour la région et pour le monde entier ». M. Rutte a par ailleurs détaillé l’ampleur de la contribution logistique européenne à l’opération « Epic Fury » : entre quatre mille et cinq mille sorties aériennes américaines auraient été effectuées depuis des bases en Italie, en Roumanie et ailleurs sur le continent, Bucarest ayant dû réduire son trafic aérien civil pour accueillir des avions ravitailleurs. Ces déclarations interviennent alors que le chef de l’Otan devait rencontrer M. Trump à Washington, en amont du sommet de l’Alliance prévu à Ankara les 7 et 8 juillet.
Le même jour, les dirigeants des cinq premières puissances militaires européennes – Allemagne, France, Italie, Pologne et Royaume-Uni – se sont réunis à Berlin dans le format dit « E5 », avec la participation de M. Rutte par vidéoconférence. Ce groupe, constitué en novembre 2024 pour mieux coordonner le soutien à l’Ukraine, vise désormais à dégager une position commune face aux exigences américaines de partage du fardeau. Selon des sources proches des capitales européennes, l’administration Trump réclame un objectif de dépenses de défense équivalant à 5 % du PIB d’ici 2035, et le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a récemment qualifié les alliés de « profiteurs », annonçant un examen minutieux des plans nationaux d’investissement. Rome, qui prévoit d’afficher un effort de 2,8 % du PIB en intégrant les dépenses de cybersécurité, d’espace et de technologies à double usage, entend défendre cette comptabilité élargie tout en refusant d’acquérir des armements américains pour l’Ukraine via le programme Purl de l’Otan.
Au-delà du dossier iranien, M. Rutte a décrit le prochain sommet d’Ankara comme une « coalition contre quatre pays : la Chine, la Corée du Nord, l’Iran et la Russie », auxquels s’ajouteraient dix États non membres de l’Alliance. Sur le flanc oriental, les Européens cherchent à prolonger les engagements pris lors du G7 – renforcement de la défense aérienne ukrainienne, durcissement des sanctions contre Moscou, licences de production de missiles – tout en débattant de la réouverture de canaux diplomatiques avec la Russie. Une initiative en ce sens du président du Conseil européen, António Costa, s’est heurtée aux réticences de Paris et de Berlin, qui privilégient un format de négociation restreint (E3 : France, Allemagne, Royaume-Uni) tout en promettant d’y associer l’Italie et la Pologne. Les capitales européennes considèrent que le format E5, non soumis à la règle de l’unanimité des Vingt-Sept, pourrait constituer un premier pas vers une « Union européenne de la défense » fondée sur des coopérations renforcées.
La séquence illustre la délicate équation à laquelle est confrontée l’Alliance atlantique : M. Rutte, dont la « diplomatie paternaliste » est parfois critiquée, tente de conjurer une fracture entre Washington et les Européens en soulignant à la fois la réalité du soutien logistique fourni et la nécessité d’accroître les budgets militaires. Les discussions d’Ankara porteront sur le respect des nouvelles cibles de dépenses, mais aussi sur les conséquences institutionnelles d’un éventuel désengagement américain. Pour des pays comme l’Italie, qui occupent historiquement des postes de commandement de haut niveau (LANDCOM et MARCOM), un manque de crédibilité dans les engagements financiers pourrait se traduire par une présence réduite dans les structures de l’Otan. Le sommet turc s’annonce ainsi comme un test de la capacité de l’Alliance à fonctionner avec une présence américaine conditionnelle, tandis que les Européens s’efforcent de présenter un front uni sans renoncer à leurs prérogatives nationales.
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Le chef de l'OTAN a publiquement soutenu la ligne dure du président Trump envers l'Iran, la jugeant indispensable pour paralyser les ambitions nucléaires de Téhéran et éviter une catastrophe régionale. Il a également chiffré le soutien logistique massif de l'Europe aux opérations américaines, évoquant des milliers de vols militaires partis de bases alliées. Ces déclarations visaient à rassurer Washington sur la valeur de l'Europe comme plateforme de projection de puissance, tout en s'alignant sur l'approche conflictuelle de Trump.
Les médias russes ont dépeint le chef de l'OTAN comme poursuivant un triple agenda pour apaiser le président Trump : garantir l'implication américaine, pousser les alliés à augmenter leurs budgets militaires et maintenir l'aide à l'Ukraine. Ils ont également mis en lumière un incident où il aurait outrepassé son mandat en proposant de requalifier des exercices de l'OTAN en mission arctique pour calmer les ambitions de Trump sur le Groenland, suscitant des objections danoises. La couverture a présenté Rutte comme quelqu'un qui dépasse ses pouvoirs pour satisfaire Washington.
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