
La course mondiale à l’encadrement des mineurs sur les réseaux sociaux
De l’Australie à l’Union européenne en passant par le Golfe et l’Asie du Sud-Est, une vague de restrictions d’âge vise à protéger les enfants, mais bute sur des obstacles techniques et des divergences de méthode.
L’annonce par le Premier ministre britannique Keir Starmer d’une interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 16 ans s’inscrit dans un mouvement législatif mondial qui, depuis l’adoption pionnière d’une loi similaire par l’Australie en décembre 2025, a gagné l’Indonésie, la Malaisie, la France, le Canada, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et la Turquie. Selon des sources européennes, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, devrait présenter le 16 septembre, lors de son discours sur l’état de l’Union, une initiative visant à harmoniser les restrictions d’âge au niveau communautaire, sur la base de recommandations d’experts attendues pour le 13 juillet. Dans le même temps, le Parlement argentin a entamé l’examen de plusieurs projets de loi, tandis que l’Azerbaïdjan a adopté fin juin un texte limitant l’accès des moins de 16 ans.
Les modèles réglementaires divergent sensiblement. L’approche australienne, reprise par le Royaume-Uni et le projet de loi canadien, impose une interdiction stricte aux moins de 16 ans, assortie d’une obligation de vérification d’âge par les plateformes. Les pays du Golfe ont opté pour des seuils légèrement différents : l’Arabie saoudite a chargé son autorité des communications de définir des règles de vérification pour les moins de 16 ans, tandis que les Émirats arabes unis ont fixé l’âge minimum à 15 ans, avec une période de transition de douze mois pour les opérateurs. En Asie du Sud-Est, l’Indonésie a privilégié une voie distincte en adoptant un règlement gouvernemental (PP TUNAS) qui encadre la responsabilité des fournisseurs de services numériques sans interdiction absolue, et en misant sur la formation des enseignants et des parents. La Chine, de son côté, a choisi de plafonner le temps d’écran des enfants, une piste jugée plus efficace par certains analystes indiens pour cibler les mécanismes d’addiction.
Les débats suscités par ces initiatives mettent en lumière des obstacles récurrents. D’après des experts cités dans la presse indienne, l’efficacité des interdictions est compromise par l’absence de systèmes de vérification d’âge robustes et par la facilité avec laquelle les adolescents contournent les blocages, que ce soit en utilisant les identifiants d’un proche ou des outils technologiques. L’expérience australienne a montré que le « age-gating » a poussé une partie des jeunes utilisateurs vers des plateformes moins régulées, dont la sécurité reste inconnue. En Europe, des voix s’inquiètent également de la collecte massive de données personnelles qu’impliquent les mécanismes de vérification, ainsi que du risque de voir émerger une culture du contournement qui pourrait s’étendre à d’autres obligations légales à l’âge adulte. Les projets argentins tentent de répondre à ces préoccupations en exigeant des méthodes d’authentification plus fiables, comme la biométrie ou le système d’identité numérique national, et en interdisant la simple autodéclaration.
Face à ces difficultés, un clivage se dessine entre les partisans d’une régulation centrée sur l’accès et ceux qui, comme une partie de la classe politique argentine ou les autorités indonésiennes, privilégient la gouvernance des plateformes et l’éducation numérique. L’Union européenne, qui cherche à éviter une fragmentation réglementaire entre ses États membres, doit encore trancher sur le seuil d’âge et sur l’équilibre entre consentement parental et vérification obligatoire. La Commission devrait présenter ses propositions législatives dans les mois suivant l’intervention de septembre, tandis que les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite mettent en œuvre leurs propres cadres, et que le Canada attend le débat parlementaire sur son projet de loi.
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