
Washington ajoute le gang équatorien Chone Killers à sa liste des organisations terroristes
Annoncée par Marco Rubio, cette désignation illustre l’alignement sécuritaire entre l’administration Trump et le président Noboa, dans un Équateur devenu plaque tournante de la cocaïne.
Le gouvernement des États-Unis a officiellement inscrit, mercredi 1er juillet, le groupe criminel équatorien « Chone Killers » sur sa liste des organisations terroristes étrangères (FTO) et sur celle des terroristes mondiaux spécialement désignés (SDGT). Cette décision, annoncée par le secrétaire d’État Marco Rubio, fait de cette faction – issue d’une scission des Choneros en 2020 – la troisième organisation équatorienne à recevoir une telle qualification, après Los Choneros et Los Lobos, désignées en septembre dernier. Selon le département d’État, les Chone Killers ont mené de nombreuses attaques contre des civils, des forces de l’ordre et des responsables gouvernementaux, et participent au trafic de drogue en soutien aux cartels mexicains. Concrètement, cette désignation permet aux autorités américaines de geler les avoirs du groupe et de ses affiliés, d’interdire toute transaction avec eux et, selon l’interprétation juridique de l’administration Trump, d’autoriser des opérations militaires ciblées où qu’ils se trouvent.
Du point de vue de Washington, cette mesure s’inscrit dans une stratégie continentale de lutte contre les « narcoterroristes », renforcée depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche. Le communiqué du département d’État souligne le partenariat avec le président équatorien Daniel Noboa, réélu sur un programme de fermeté, et la volonté de « protéger l’hémisphère en empêchant les drogues illicites d’envahir nos rues ». Pour Quito, cette coopération sécuritaire étroite se traduit par un décret récent accordant l’immunité aux troupes étrangères engagées dans la lutte contre le crime organisé, ainsi que par l’acceptation de la présence de militaires américains sur le sol équatorien. Une tentative de modification constitutionnelle visant à autoriser des bases militaires étrangères avait toutefois été rejetée par référendum. Dans la région, cette politique suscite des réactions contrastées : si les gouvernements progressistes dénoncent des violations du droit international, notamment après les frappes américaines contre des embarcations suspectes dans les Caraïbes et le Pacifique – qui auraient fait au moins 215 morts selon un décompte de l’AFP –, d’autres capitales, comme Caracas sous la présidence intérimaire de Delcy Rodríguez, ont collaboré activement avec le Pentagone, comme lors de l’élimination du chef du Tren de Aragua en juin dernier, rendue possible par l’extradition de Nicolás Maduro, selon la presse colombienne.
L’inscription des Chone Killers illustre la place centrale qu’occupe désormais l’Équateur dans les routes de la cocaïne. Selon les estimations relayées par Insight Crime, environ 70 % de la production colombienne et péruvienne transite par le territoire équatorien, en particulier par le port de Guayaquil, transformant ce pays autrefois paisible en l’un des plus violents d’Amérique latine, avec un taux de 51 homicides pour 100 000 habitants et un record de 9 216 assassinats en 2025. Les Chone Killers, spécialisés dans le trafic, l’extorsion et le sicariat, sont l’un des 22 groupes que le gouvernement Noboa a classés comme terroristes en janvier 2024, dans le cadre d’un « conflit armé interne » qui a justifié le déploiement de l’armée et des couvre-feux. Leur désignation par Washington renforce la pression financière et opérationnelle sur ces réseaux, mais pourrait aussi accélérer la fragmentation et la compétition entre gangs, préviennent des analystes latino-américains.
Cette décision s’inscrit dans un mouvement plus large de criminalisation des groupes armés latino-américains par les États-Unis, qui ont récemment ajouté les factions brésiliennes Primeiro Comando da Capital (PCC) et Comando Vermelho (CV) à leurs listes terroristes. Pour l’administration Trump, il s’agit de tarir les sources de financement des « narcoterroristes violents » et de légitimer une action militaire directe, comme l’ont montré les frappes de septembre dernier. Le dossier reste ouvert : la coopération entre Washington et Quito devrait s’intensifier, avec de possibles nouvelles opérations conjointes, tandis que le débat sur la souveraineté et le respect du droit international continue de diviser le continent.
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La décision de Washington d'inscrire les Chone Killers sur la liste des organisations terroristes est présentée comme une nouvelle étape de la coopération avec Quito, mais un scepticisme discret plane sur l'efficacité de ces désignations unilatérales. On rappelle que le gang est une dissidence des Choneros et que deux autres bandes équatoriennes avaient déjà été étiquetées de la même manière, ce qui laisse entendre que la stratégie américaine risque d'être plus symbolique que décisive.
La presse européenne continentale rapporte la désignation américaine avec détachement, se contentant de citer les accusations de Marco Rubio concernant les attaques du groupe contre des civils et les forces de l'ordre. L'événement est traité comme une dépêche d'agence, sans mise en contexte géopolitique ni jugement de valeur.
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