
Démence : 45 % des cas seraient évitables selon l’OMS, la recherche explore de nouvelles voies
L’Organisation mondiale de la santé publie des directives actualisées misant sur la prévention, tandis que des études explorent le rôle de l’alimentation, du sommeil et de l’immunité cérébrale.
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a rendu publiques, le 15 juillet 2026 à Genève, de nouvelles directives pour la réduction du risque de déclin cognitif et de démence. Le document estime que jusqu’à 45 % des cas pourraient être évités ou retardés en agissant sur des facteurs modifiables, une proportion qui replace la prévention au centre des stratégies face à une maladie touchant plus de 57 millions de personnes dans le monde. L’actualisation, qui remplace la version de 2019, intègre désormais la réduction de l’exposition à la pollution de l’air et la prise en charge des troubles visuels non corrigés parmi les mesures recommandées, aux côtés de l’activité physique régulière, d’une alimentation équilibrée, de l’arrêt du tabac et de la limitation de la consommation d’alcool. Les compléments vitaminiques, en revanche, ne sont pas retenus, faute de preuves suffisantes.
Les mécanismes par lesquels ces facteurs influencent la santé cérébrale font l’objet d’un nombre croissant de travaux. Une étude parue dans JAMA Neurology, ayant suivi 10 775 personnes pendant dix ans, montre qu’une alimentation composée à plus de 28 % de calories issues d’aliments ultra-transformés est associée à un risque accru de démence, probablement via l’inflammation systémique. Parallèlement, des spécialistes du sommeil rappellent que la qualité du repos nocturne importe davantage que sa durée chez les personnes âgées : la fragmentation du sommeil profond, fréquente après 60 ans, peut être atténuée par une exposition régulière à la lumière du matin et une activité physique diurne. La pratique de plusieurs langues, souvent citée comme protectrice, semble quant à elle retarder le diagnostic de deux à cinq ans sans réduire le risque absolu, un effet que des chercheurs européens attribuent à la constitution d’une réserve cognitive plutôt qu’à une prévention directe de la pathologie.
Face à un coût mondial estimé à 1 300 milliards de dollars par an, l’OMS appelle les États à renforcer les soins primaires, le dépistage précoce et l’éducation aux habitudes de vie. En Indonésie, où 36 % des sept millions de personnes âgées présenteraient des signes de démence, la mise en œuvre de telles politiques revêt une urgence particulière. Dans le même temps, la recherche fondamentale progresse sur un front complémentaire. Une équipe de l’Instituto de Neurociencias (CSIC-UMH) en Espagne et de l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) en Suisse a mis au point une molécule expérimentale, baptisée OLE, capable de reprogrammer la microglie — les cellules immunitaires du cerveau — pour lui faire retrouver une fonction protectrice. Testée sur des modèles animaux de la maladie d’Alzheimer, la molécule a réduit la taille et la toxicité des plaques amyloïdes ainsi que l’inflammation cérébrale, tout en améliorant les performances mnésiques. Ces résultats, publiés dans Cell Death & Disease, en sont au stade préclinique.
La convergence de ces avancées dessine une approche à deux vitesses : généraliser sans délai les interventions sur le mode de vie, et poursuivre l’exploration de cibles thérapeutiques nouvelles. La prochaine étape consistera à traduire les recommandations de l’OMS en politiques nationales de santé publique, tandis que la molécule OLE devra franchir des études précliniques supplémentaires avant qu’un éventuel essai clinique chez l’humain puisse être envisagé.
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