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Société & Culturemercredi 22 juillet 2026

La fillette à la chemise Mickey : quinze ans après Utøya, l’ombre portée de Breivik

Alors que la Norvège commémore les 77 victimes du 22 juillet 2011, la banalisation des idées d’extrême droite et l’accélération de la radicalisation en ligne ravivent le souvenir du tueur.

Jørn Øverby n’oubliera jamais la petite fille qui flottait, le visage dans l’eau, avec une chemise à l’effigie de Mickey Mouse. Ce 22 juillet 2011, depuis son bateau, il venait de voir le trou gros comme un poing dans son dos. Il a dû la contourner pour sauver les vivants. Ce jour-là, en l’espace de quelques heures, un extrémiste de droite norvégien a tué 77 personnes, dont 69 jeunes sociaux-démocrates réunis sur l’île d’Utøya. Quinze ans plus tard, les images de cette journée continuent de hanter les survivants, les secouristes et tout un pays qui s’interroge sur l’héritage politique de cette violence.

L’attentat, perpétré par Anders Behring Breivik, visait explicitement la social-démocratie et le multiculturalisme. Son manifeste de 1 500 pages, diffusé avant les tueries, appelait à une « remigration » massive des populations musulmanes d’Europe. À l’époque, ces thèses paraissaient confinées aux marges. Aujourd’hui, des observateurs italiens notent que ce même vocabulaire a fait son chemin dans le débat public, jusqu’à inspirer certaines politiques migratoires. En Suède, un gouvernement minoritaire dépend du soutien d’un parti d’extrême droite qui a imposé des mesures comme les tests de « conduite de vie » pour les immigrés ou des incitations financières au retour. En Allemagne, l’Alternative für Deutschland frôle les 30 % dans les sondages fédéraux. Le 6 janvier 2021, aux États-Unis, une foule menée par des milices d’extrême droite a pris d’assaut le Capitole ; le président Trump a ensuite gracié 1 500 personnes condamnées pour ces faits, et son administration a retiré l’extrémisme violent de droite de sa stratégie antiterroriste.

Parallèlement, les services de sécurité norvégiens (PST) alertent sur une menace accrue. Le nombre de personnes qui admirent Breivik a augmenté, notamment parmi les très jeunes, qui n’ont aucun souvenir direct de l’événement. Sur TikTok et les forums en ligne, la propagande mêle violence extrême, humour, mèmes et références à la culture pop, créant ce que le PST décrit comme une « autoroute de la radicalisation ». L’extrémisme de droite est aujourd’hui considéré comme un danger plus grand qu’en 2011, car il se nourrit d’une banalisation transnationale de ses thèses.

Face à cette résurgence, la Norvège tente de maintenir vivante la mémoire des victimes. Un nouveau mémorial national, « Underhåll », a été inauguré dans le quartier gouvernemental d’Oslo : une massive structure d’acier bleu soutenant une mosaïque d’un oiseau de rivage, composée de plus de 300 000 pierres taillées à la main avec l’aide de jeunes et de rescapés. Un centre du 22-Juillet expose pour la première fois l’uniforme de policier factice porté par Breivik, suscitant la colère de la mère de la plus jeune victime, qui n’avait pas été prévenue. Le débat norvégien oscille entre le devoir de mémoire et la crainte de glorifier le tueur, tandis que Breivik lui-même, détenu à l’isolement dans une prison de haute sécurité avec salle de sport, cuisine et trois perruches, continue de se plaindre de traitements inhumains.

L’ancien Premier ministre Jens Stoltenberg, en rouvrant pour la première fois son carnet de notes du jour de l’attaque, a retrouvé les premiers chiffres, dérisoires, du nombre de morts. « Cela nous rappelle l’ampleur de la tragédie », a-t-il confié. Quinze ans plus tard, la fragilité de la démocratie ressemble à cette mosaïque d’oiseau : un assemblage patient de centaines de milliers de fragments, qu’un seul éclat de haine peut menacer de désagréger.

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La fillette à la chemise Mickey : quinze ans après Utøya, l’ombre portée de Breivik

Alors que la Norvège commémore les 77 victimes du 22 juillet 2011, la banalisation des idées d’extrême droite et l’accélération de la radicalisation en ligne ravivent le souvenir du tueur.

Jørn Øverby n’oubliera jamais la petite fille qui flottait, le visage dans l’eau, avec une chemise à l’effigie de Mickey Mouse. Ce 22 juillet 2011, depuis son bateau, il venait de voir le trou gros comme un poing dans son dos. Il a dû la contourner pour sauver les vivants. Ce jour-là, en l’espace de quelques heures, un extrémiste de droite norvégien a tué 77 personnes, dont 69 jeunes sociaux-démocrates réunis sur l’île d’Utøya. Quinze ans plus tard, les images de cette journée continuent de hanter les survivants, les secouristes et tout un pays qui s’interroge sur l’héritage politique de cette violence.

L’attentat, perpétré par Anders Behring Breivik, visait explicitement la social-démocratie et le multiculturalisme. Son manifeste de 1 500 pages, diffusé avant les tueries, appelait à une « remigration » massive des populations musulmanes d’Europe. À l’époque, ces thèses paraissaient confinées aux marges. Aujourd’hui, des observateurs italiens notent que ce même vocabulaire a fait son chemin dans le débat public, jusqu’à inspirer certaines politiques migratoires. En Suède, un gouvernement minoritaire dépend du soutien d’un parti d’extrême droite qui a imposé des mesures comme les tests de « conduite de vie » pour les immigrés ou des incitations financières au retour. En Allemagne, l’Alternative für Deutschland frôle les 30 % dans les sondages fédéraux. Le 6 janvier 2021, aux États-Unis, une foule menée par des milices d’extrême droite a pris d’assaut le Capitole ; le président Trump a ensuite gracié 1 500 personnes condamnées pour ces faits, et son administration a retiré l’extrémisme violent de droite de sa stratégie antiterroriste.

Parallèlement, les services de sécurité norvégiens (PST) alertent sur une menace accrue. Le nombre de personnes qui admirent Breivik a augmenté, notamment parmi les très jeunes, qui n’ont aucun souvenir direct de l’événement. Sur TikTok et les forums en ligne, la propagande mêle violence extrême, humour, mèmes et références à la culture pop, créant ce que le PST décrit comme une « autoroute de la radicalisation ». L’extrémisme de droite est aujourd’hui considéré comme un danger plus grand qu’en 2011, car il se nourrit d’une banalisation transnationale de ses thèses.

Face à cette résurgence, la Norvège tente de maintenir vivante la mémoire des victimes. Un nouveau mémorial national, « Underhåll », a été inauguré dans le quartier gouvernemental d’Oslo : une massive structure d’acier bleu soutenant une mosaïque d’un oiseau de rivage, composée de plus de 300 000 pierres taillées à la main avec l’aide de jeunes et de rescapés. Un centre du 22-Juillet expose pour la première fois l’uniforme de policier factice porté par Breivik, suscitant la colère de la mère de la plus jeune victime, qui n’avait pas été prévenue. Le débat norvégien oscille entre le devoir de mémoire et la crainte de glorifier le tueur, tandis que Breivik lui-même, détenu à l’isolement dans une prison de haute sécurité avec salle de sport, cuisine et trois perruches, continue de se plaindre de traitements inhumains.

L’ancien Premier ministre Jens Stoltenberg, en rouvrant pour la première fois son carnet de notes du jour de l’attaque, a retrouvé les premiers chiffres, dérisoires, du nombre de morts. « Cela nous rappelle l’ampleur de la tragédie », a-t-il confié. Quinze ans plus tard, la fragilité de la démocratie ressemble à cette mosaïque d’oiseau : un assemblage patient de centaines de milliers de fragments, qu’un seul éclat de haine peut menacer de désagréger.

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