
Le passeport, miroir des fractures du monde
Le classement Henley 2026 consacre la puissance asiatique et l’ascension fulgurante des Émirats, tandis que l’écart avec les passeports les plus faibles atteint un niveau record de 170 destinations.
En 2006, un passeport émirati arborait une couverture modeste et n’ouvrait les portes que de 35 pays. Vingt ans plus tard, ce même petit carnet, désormais l’un des plus convoités de la planète, permet de franchir sans visa préalable les frontières de 188 destinations. Cette métamorphose, la plus spectaculaire jamais enregistrée par l’indice Henley, raconte à elle seule l’histoire d’un monde où la mobilité est devenue le baromètre du capital géopolitique. Là où les tampons s’accumulent, se dessine la carte des alliances, des flux commerciaux et des influences diplomatiques.
La photographie de 2026 place Singapour au sommet, avec un accès à 192 territoires, devant un trio asiatique – Japon, Corée du Sud et Émirats arabes unis – qui relègue les puissances européennes historiques au second plan. Les observateurs asiatiques y voient le fruit d’une diplomatie patiente, tissée d’accords bilatéraux et d’une volonté d’attirer les talents et les investisseurs. La Suède, première nation européenne, n’arrive qu’en troisième position, tandis que la France, l’Allemagne ou l’Italie partagent la quatrième place avec un accès à 186 destinations. Le Vieux Continent, longtemps maître du classement, doit désormais composer avec une réalité où la puissance du passeport se négocie au cas par cas, loin des héritages historiques.
À l’autre extrémité du spectre, le passeport nigérian illustre la stagnation des mobilités africaines. Tombé au 90e rang mondial, il n’offre qu’une liberté de circulation vers 44 destinations, pour l’essentiel concentrées en Afrique de l’Ouest et dans quelques îles du Pacifique. Les analystes du continent soulignent que cette faiblesse n’est pas qu’un désagrément touristique : elle entrave les échanges commerciaux, les études et les perspectives professionnelles de centaines de millions de personnes. L’Afrique du Sud, avec ses 101 destinations, fait figure d’exception, mais le fossé avec les passeports asiatiques ou européens reste abyssal.
L’édition 2026 de l’indice Henley met en lumière un écart record : 170 destinations séparent le passeport le plus fort, celui de Singapour, du plus faible, le passeport afghan, qui ne donne accès qu’à 22 pays. En vingt ans, cette fracture s’est creusée de 52 destinations supplémentaires, révélant une mondialisation à deux vitesses où la nationalité détermine plus que jamais l’horizon des possibles. Les experts européens y décèlent le symptôme d’un ordre international fragmenté, où les murs s’érigent pour les uns tandis que les ponts se multiplient pour les autres.
Au milieu de ce paysage contrasté, quelques trajectoires rappellent que la mobilité n’est jamais figée. Le passeport philippin, remonté à la 72e place, retrouve lentement son niveau d’avant la pandémie, sans toutefois atteindre son apogée de 2007. Le passeport bangladais, lui, a gagné trois rangs pour se hisser à la 97e position, à égalité avec la Corée du Nord. Autant de chiffres qui, derrière leur sécheresse statistique, dessinent le visage d’une humanité inégalement invitée à circuler sur la terre qu’elle partage.
| Presse du Golfe arabe | +1.00 | aligned |
|---|---|---|
| Presse atlantique / anglosphère | −0.50 | critical |
| Presse africaine subsaharienne | −0.70 | critical |
| Presse latino-américaine | +0.60 | aligned |
Les Émirats arabes unis célèbrent leur passeport comme un symbole de diplomatie gagnante et de mobilité mondiale.
Le bloc présente la hausse du passeport comme une réalisation linéaire et étatique, attribuant le succès à des relations diplomatiques stratégiques et présentant l'indice comme une validation de la puissance nationale.
Le bloc omet le contexte plus large de l'inégalité de mobilité mondiale, comme le déclin du passeport américain et les faibles classements des pays africains et sud-asiatiques, mis en évidence dans d'autres blocs.
Les États-Unis voient le déclin de leur passeport comme un symptôme d'une position mondiale en érosion et d'une faiblesse diplomatique.
Le bloc utilise un récit de déclin, contrastant la domination passée avec la médiocrité actuelle, et présente le classement comme une mesure de l'influence perdue.
Le bloc omet la montée historique des Émirats arabes unis et les histoires positives d'autres pays, se concentrant uniquement sur la chute américaine.
Le Nigeria et d'autres nations africaines déplorent les faibles classements de leurs passeports comme preuve d'inégalité systémique mondiale et de mobilité limitée.
Le bloc utilise un récit de victimisation et de désavantage structurel, se concentrant sur l'écart entre les passeports puissants et faibles et suggérant une injustice dans le système mondial.
Le bloc omet l'histoire de succès des Émirats arabes unis et le déclin américain, se concentrant uniquement sur le faible classement du Nigeria et la faiblesse africaine en général.
Le Chili est fier du classement de son passeport comme le plus fort d'Amérique latine, soulignant son intégration internationale et son succès diplomatique.
Le bloc utilise un récit de leadership régional et de réussite, présentant le classement comme une validation de l'ouverture et de l'engagement mondial du Chili.
Le bloc omet l'histoire plus large de l'inégalité, comme les faibles classements d'autres pays latino-américains et le déclin mondial du passeport américain, se concentrant uniquement sur le succès du Chili.
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