
Le grand débranchement : quand les universités et les familles repensent l’intelligence artificielle
De Chicago à Beyrouth, des amphithéâtres sans écran aux écoles qui confient les savoirs fondamentaux à des algorithmes, une fracture se dessine dans le rapport à l’IA éducative.
Dans un amphithéâtre de la faculté de droit de l’Université de Chicago, en cet automne 2026, les étudiants de première année posent leurs stylos sur des cahiers vierges. Les ordinateurs portables, les tablettes et les téléphones sont proscrits. Un « scribe » désigné par le professeur prendra les notes pour l’ensemble du groupe. Cette scène, rapportée par plusieurs médias américains, n’est pas un retour nostalgique à l’encre et au papier, mais la réponse d’une institution prestigieuse à une inquiétude grandissante : l’intelligence artificielle, en s’immisçant dans les devoirs et les examens à distance, menacerait l’apprentissage même de la pensée critique.
La décision de l’Université de Chicago s’inscrit dans un mouvement plus large de reprise en main. Aux États-Unis, les scandales de tricherie assistée par IA se multiplient : l’université Brown a sanctionné des dizaines d’étudiants, tandis que Harvard et d’autres établissements de la Ivy League ont vu leurs travaux à la maison perdre toute fiabilité. Le doyen de Chicago, Adam Chilton, a justifié l’interdiction des écrans en première année par la nécessité de « s’assurer que les étudiants apprennent à penser par eux-mêmes », tout en reconnaissant qu’il serait naïf de croire que l’on peut simplement éteindre l’IA. La faculté a donc conçu un cursus en deux temps : des cours sans machine pour forger les fondamentaux, puis un apprentissage explicite des outils juridiques d’IA, avec des soutenances orales obligatoires pour les mémoires de recherche.
Ce balancement entre rejet et intégration traverse les continents. Au Liban, un rapport du quotidien An-Nahar décrit comment des familles aisées se détournent des écoles traditionnelles pour des établissements comme Alpha School, où les élèves ne passent que deux heures par jour sur des plateformes d’apprentissage personnalisé par IA, le reste du temps étant consacré à des projets concrets et au développement de compétences sociales. L’enseignant y devient un « guide », un glissement sémantique qui, selon des chercheurs de l’Université Stanford cités par le journal, pourrait dévaloriser la profession. Ces écoles privées, aux frais de scolarité élevés, restent l’apanage d’une élite, soulevant la question d’une éducation à deux vitesses face à la machine.
Pendant ce temps, au Nigeria, des entretiens de rue menés par le Nigerian Tribune révèlent un désarroi plus intime. Une étudiante en histoire y confie que l’IA l’a rendue « plus intelligente » en l’aidant à organiser ses idées, tandis qu’un autre interlocuteur déplore que beaucoup aient « remplacé leur intelligence donnée par Dieu par l’IA, devenant paresseux et déconnectés de ce qu’ils écrivent ». Ces voix africaines font écho aux mises en garde venues d’Indonésie, où le médecin et influenceur Aditya Surya Pratama alerte sur les dangers des consultations médicales auprès de chatbots : l’« hallucination » de l’IA – ces réponses très convaincantes mais fausses – peut provoquer une anxiété inutile et des décisions de santé hasardeuses.
Au-delà de la salle de classe, c’est la vie affective qui est désormais dans le viseur des géants de la tech. Un brevet déposé par Meta, révélé par le quotidien britannique The Independent, décrit un appareil qui écouterait en permanence les rires et les soupirs d’un utilisateur pour quantifier son état émotionnel et, à terme, lui proposer des publicités ciblées sur ses vulnérabilités. L’association Fairplay a dénoncé un système de « surveillance émotionnelle persistante », particulièrement inquiétant pour les jeunes. L’image d’un foyer où un objet connecté analyse la gratitude exprimée dans une conversation vidéo pour mieux monétiser les humeurs dessine un horizon où la résistance à l’IA ne se joue plus seulement dans les amphithéâtres, mais dans l’intimité des voix.
| Presse d'Asie du Sud-Est | −0.70 | critical |
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| Presse atlantique / anglosphère | −0.50 | critical |
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