
La mante religieuse et le robot-chien : comment le monde encadre l’enfance numérique
Des lois australiennes aux vérifications faciales britanniques, une mosaïque de régulations tente de protéger les mineurs sans sacrifier les adultes à la collecte de données.
Un garçon de huit ans observe la mante religieuse qu’il a capturée dans le jardin. L’insecte brunit. Inquiet, il interroge ChatGPT : l’intelligence artificielle lui répond avec assurance que « Manty » est enceinte. Quelques jours plus tard, l’animal meurt. L’enfant est dévasté. Cette scène, rapportée par une journaliste américaine qui a passé un an à tester l’IA dans son foyer, condense le vertige d’une génération pour qui le savoir algorithmique se substitue à l’expérience sensible, parfois avec une cruelle inexactitude.
Ce vertige, les législateurs de plusieurs continents tentent désormais de l’encadrer. En Australie, le gouvernement travailliste a déposé un texte qui double les amendes – jusqu’à 99 millions de dollars – pour les plateformes ne bloquant pas les moins de 16 ans, et autorise le régulateur à exiger des documents internes. La commissaire à la sécurité en ligne s’inquiète ouvertement de Facebook, Instagram, Snapchat, TikTok et YouTube. Aux États-Unis, la Chambre des représentants vient d’adopter un projet de loi obligeant les services à proposer des outils limitant les fonctions addictives et à lutter contre l’exploitation sexuelle, pendant que le Sénat négocie un « devoir de vigilance » des réseaux sociaux envers les jeunes utilisateurs. Le Brésil, de son côté, a inscrit dans son Code de l’enfance numérique l’obligation pour les fournisseurs de services de configurer par défaut leurs produits afin d’éviter l’usage compulsif.
Cette frénésie régulatrice fait émerger un paradoxe : pour identifier les mineurs, il faut vérifier l’âge de tous. Au Royaume-Uni, où un projet de bannissement des moins de 16 ans est en discussion, les adultes pourraient devoir se soumettre à des scans faciaux ou fournir leurs coordonnées bancaires pour prouver qu’ils ne sont pas des enfants. La presse nigériane s’en fait l’écho, soulignant le risque de constitution de gigantesques bases de données biométriques et financières, multipliées par le nombre de plateformes. La protection des plus jeunes se paierait ainsi d’une érosion de la vie privée des plus âgés, sans qu’aucune norme universelle ne vienne harmoniser ces exigences.
Pendant que les États légifèrent, une autre réponse, culturelle celle-là, se dessine dans la péninsule arabique. Les Émirats arabes unis ont instauré un âge minimal de 15 ans pour l’accès aux réseaux sociaux et délivré des licences à 15 000 créateurs de contenu de plus de 90 nationalités, classés selon la nature de leurs productions. Le Bureau national des médias prépare un cadre intégré pour réguler l’usage des plateformes par les enfants, tout en encourageant les contenus éducatifs et patrimoniaux. Cette approche, qui mêle restriction et structuration d’un écosystème créatif, entend faire de la régulation un levier de qualité plutôt qu’un simple barrage.
Reste que les outils numériques se glissent dans les interstices de toutes ces politiques. La même journaliste américaine raconte être descendue un matin et avoir trouvé son fils blotti sur le canapé contre un chien-robot, tandis que le vrai chien de la famille dormait sous la table de la cuisine. L’enfant a pleuré lorsqu’il a fallu rendre le jouet. L’image dit l’ambiguïté d’une époque où l’on légifère sur les écrans pendant que l’intelligence artificielle apprend aux plus jeunes à aimer des créatures sans fatigue, sans humeur, et sans adieu.
Comment la même histoire est racontée ailleurs.
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Les géants des réseaux sociaux risquent de lourdes amendes et une pression législative s'ils ne prouvent pas qu'ils appliquent les restrictions d'âge pour les mineurs. La Chambre a adopté un ensemble de mesures pour la sécurité en ligne des enfants, tandis que les démocrates proposent d'interdire les réseaux sociaux aux moins de 16 ans. L'intelligence artificielle s'invite aussi dans le débat, des parents racontant comment l'usage quotidien de l'IA façonne déjà l'enfance de leurs enfants.
Protéger l'enfance signifie plus de conversations en face à face et moins d'écrans, non pas restreindre la technologie mais préserver le développement. Les Émirats arabes unis ont mis en place un cadre réglementaire intégré pour l'utilisation des réseaux sociaux par les enfants, tout en délivrant des licences à 15 000 créateurs de contenu de plus de 90 nationalités. L'interdiction d'accès aux réseaux sociaux pour les moins de 15 ans est présentée comme une politique publique proactive et pragmatique qui donne la priorité à la sécurité des jeunes.
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