
Résilience affichée, fragilités sous-jacentes : les banques centrales face aux chocs et à l’intelligence artificielle
Christine Lagarde vante la capacité de résistance de la zone euro, tandis que le BIS et des chercheurs réunis à Rabat pointent les vulnérabilités liées à la dette, à l’inflation et à une gouvernance encore balbutiante de l’IA.
La présidente de la Banque centrale européenne a ouvert le forum annuel de Sintra en dressant le constat d’une zone euro mieux armée face aux chocs géopolitiques. Selon Christine Lagarde, les crises successives — de la pandémie au conflit iranien en passant par l’offensive tarifaire américaine — ont démontré que l’architecture institutionnelle renforcée, la supervision bancaire commune et la transition énergétique permettent désormais de contenir les effets de ces perturbations sur l’économie réelle. Cette résilience, a-t-elle insisté, offre à la politique monétaire une marge de manœuvre retrouvée : les taux directeurs peuvent être ajustés de manière mesurée, réunion par réunion, sans recourir aux instruments non conventionnels du passé. La hausse des taux décidée en juin, justifiée par la persistance des tensions inflationnistes liées au conflit au Moyen-Orient, a été présentée comme une décision robuste que rien, à ce jour, ne remet en cause.
Ce discours de confiance contraste avec les mises en garde formulées par la Banque des règlements internationaux dans son rapport économique annuel. L’institution bâloise identifie quatre défis qui pourraient se renforcer mutuellement : le récent rebond de l’inflation consécutif à la fermeture du détroit d’Ormuz, l’optimisme excessif autour de l’intelligence artificielle, l’envolée de la dette publique et les vulnérabilités de l’intermédiation financière non bancaire. Le BIS souligne que les fonds spéculatifs, fortement endettés et dépendants de financements à court terme, sont devenus des détenteurs majeurs de dette souveraine, ce qui accroît la fragilité du système. Parallèlement, l’enthousiasme boursier pour l’IA pourrait, si les rendements espérés ne se matérialisent pas, provoquer une correction brutale aux répercussions macroéconomiques significatives.
La question de la gouvernance de l’IA a justement été au cœur d’un colloque du FMI à Rabat, où des chercheurs ont examiné ses effets sur les marchés du travail et la productivité dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord. Les interventions ont mis en lumière un risque de creusement des inégalités salariales et de polarisation des emplois si les politiques de formation ne suivent pas le rythme de l’automatisation. Un chercheur émirati a par ailleurs alerté sur les dangers des « agents d’IA » capables d’exécuter des actions de manière autonome : en cas de données corrompues, ces systèmes pourraient provoquer des effondrements en chaîne dans les infrastructures critiques. La fragmentation géopolitique, ont ajouté des experts du FMI, menace de créer des blocs technologiques fermés qui priveraient les économies en développement d’un accès équitable à ces outils.
Dans un tout autre contexte, la perspective d’un allègement des sanctions contre l’Iran a conduit un analyste économique à appeler, dans les colonnes du quotidien Donya-e Eqtesad, à une refonte rapide des instruments de politique monétaire. Après quinze années de répression financière et de taux d’intérêt réels négatifs, un retour à la normale permettrait à la banque centrale de renouer avec des outils classiques comme les opérations d’open market et une règle de Taylor, tout en abandonnant la fixation administrative du taux de change. Ce basculement illustre, à l’échelle d’un pays, la même problématique de résilience et d’adaptation des cadres de politique économique évoquée à Sintra et à Bâle.
Le prochain jalon factuel à surveiller sera la publication de l’indice d’inflation de la zone euro, attendue dans les prochains jours, qui pourrait montrer un premier ralentissement depuis le début du conflit iranien. Les marchés en déduiront la probabilité d’une nouvelle hausse des taux, tandis que la durabilité de l’accord de paix au Moyen-Orient, qualifiée de « loin d’être garantie » par Christine Lagarde, reste une variable déterminante pour les prix de l’énergie et la stabilité financière mondiale.
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La BCE tourne la page des mesures exceptionnelles pour revenir à sa mission première de stabilité des prix. La résilience retrouvée de l'Europe face aux chocs extérieurs lui donne la marge d'agir de manière mesurée, réunion par réunion. La hausse des taux était une décision solide et rien de ce qui a été observé depuis ne l'a remise en cause.
L'Europe devient moins vulnérable aux chocs économiques, ce qui permet à la BCE de relâcher la lutte acharnée contre l'inflation menée en 2022-23. La banque centrale signale qu'elle n'aura peut-être pas besoin de relever les taux de manière agressive, une hausse modeste étant envisageable. La résilience accrue du système bancaire est mise en avant.
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