
Brésil : la violence s’éloigne des rues pour mieux frapper les foyers
Alors que les homicides reculent à leur plus bas niveau depuis treize ans, les meurtres policiers, féminicides et délits numériques redessinent le paysage criminel du pays.
Dans la poussière soulevée par les hélicoptères, le complexe de favelas de la Penha, à Rio de Janeiro, a connu en octobre 2025 l’opération de police la plus meurtrière jamais recensée au Brésil. Bilan : 122 morts, dont 117 civils abattus par les forces de l’ordre en une seule journée. Ce massacre, qui dépasse en létalité le tristement célèbre Carandiru, incarne le nouveau visage d’une violence qui ne recule pas mais mute. Le Brésil a enregistré 6 602 décès causés par des interventions policières sur l’année, un record historique qui représente 16,2 % de l’ensemble des morts violentes intentionnelles.
Le paradoxe est saisissant : ce même pays a vu les assassinats chuter de 8,2 % en 2025, atteignant le plus bas niveau depuis 2012, avec une moyenne de 19,1 homicides pour 100 000 habitants. Dans vingt unités de la fédération, la décrue est nette. Mais ce calme apparent dans l’espace public a son envers : la violence se déplace vers la sphère privée. Les féminicides ont augmenté de 4 % (1 571 femmes tuées parce que femmes), les maltraitances d’enfants de 14,6 % (près de 39 000 cas) et les viols, bien qu’affichant une baisse officielle de 5,4 %, sont en réalité en hausse dans les notifications des services de santé, laissant craindre une sous-déclaration massive.
La rue elle-même voit ses criminalités se recomposer. Pour la première fois, les vols de téléphones portables sans violence – les furtos – ont dépassé les braquages avec menace ou agression, qui chutent de 18,6 %. Six appareils sur dix sont aujourd’hui subtilisés discrètement, souvent dans les transports bondés aux heures de pointe, loin des coups de feu qui marquaient encore le précédent lustre. Parallèlement, les escroqueries numériques explosent : 2,26 millions de cas enregistrés, en hausse de 430 % depuis 2018, dopées par la bancarisation accélérée et l’adoption massive du paiement instantané Pix.
Cette recomposition porte un visage fortement racialisé et régionalisé. Les victimes de mort violente sont à 79,7 % noires ou métisses ; la létalité policière frappe la population noire 3,5 fois plus que les Blancs. Dans le Nordeste, où la guerre des gangs pour les routes de la drogue fait rage, dix des dix villes les plus meurtrières du pays se concentrent, de Maranguape (Ceará) à Eunápolis (Bahia), avec des taux dépassant les 85 homicides pour 100 000 habitants. En Amazonie, l’État d’Amapá affiche le triste double record de la plus forte létalité policière et du taux d’homicides global le plus élevé du pays.
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