
L'IA au Moyen-Orient : adoption massive, infrastructure souveraine et primauté de la décision humaine
Les investisseurs du Golfe utilisent l'IA pour la recherche et la prise de risque, mais confient la validation finale aux conseillers humains, selon une enquête HSBC menée dans dix pays.
Une enquête HSBC auprès de 9 993 individus fortunés dans dix marchés, dont 703 aux Émirats arabes unis, révèle un paradoxe structurant : 98 % des investisseurs émiratis utilisent l'intelligence artificielle dans leur vie quotidienne et 83 % pour leurs placements, un taux parmi les plus élevés au monde. Pourtant, au moment de la décision finale, les professionnels de la finance exercent une influence près de trois fois supérieure à celle des outils d'IA (34 % contre 13 %). Cette préférence pour un modèle hybride, où l'IA accélère la découverte et l'analyse tandis que le conseiller apporte contexte, validation et responsabilité, se retrouve dans l'ensemble de la région, de l'Arabie saoudite à l'Égypte.
Ce schéma s'inscrit dans une transformation plus large des infrastructures numériques. L'Arabie saoudite a fait de 2026 l'Année de l'intelligence artificielle, érigeant les centres de données en actifs stratégiques nationaux, tandis que les Émirats déploient des plateformes souveraines comme OnDemand, le système d'exploitation d'agents autonomes d'AIREV, déjà distribué sur le marché nord-américain. L'entreprise Shaffra, basée à Riyad, lance une couche d'« IA subconsciente » pour doter les effectifs artificiels de mémoire et de contexte métier. Parallèlement, AD Ports Group inaugure un quartier général de renseignement économique piloté par l'IA, et le ministère égyptien de l'Industrie discute avec Samsung de l'approfondissement de la fabrication locale et de l'usage d'énergie solaire. Ces initiatives, soutenues par des fonds souverains et des stratégies nationales (Vision 2030, Stratégie IA 2031 des Émirats), visent à faire de la région un exportateur de technologies et de propriété intellectuelle, au-delà des hydrocarbures.
Cette dynamique s'accompagne de tensions. Un rapport du Boston Consulting Group indique que plus de 70 % des organisations moyen-orientales ont subi des cyberattaques probablement assistées par l'IA, mais aucune n'a augmenté son budget cybersécurité de plus de 75 %. Au niveau mondial, une étude de Lanai auprès de 200 cadres technologiques américains montre que 92 % des entreprises suivent l'impact financier du travail généré par l'IA, mais seulement 2 % l'enregistrent formellement dans leurs résultats, créant une « main-d'œuvre orpheline » qui fausse les tableaux de bord. Dans la région, les entreprises saoudiennes interrogées par SAP-YouGov déclarent à 54 % former leurs salariés à grande échelle, tandis que les investisseurs émiratis valorisent d'abord chez les conseillers la capacité à détecter les erreurs de l'IA (33 %).
La prochaine étape à observer sera la mise en œuvre opérationnelle de l'Autorité de l'intelligence artificielle et des données, récemment approuvée aux Émirats, qui doit unifier la gouvernance des données et de l'IA sous un cadre national unique. En Arabie saoudite, l'expansion des infrastructures se poursuit avec un appel à des dirigeants capables d'intégrer capitaux, énergie et relations hyperscale, alors que le taux de rotation des directeurs généraux atteint un niveau record à l'échelle mondiale. La clôture du tour de table de série A2 d'AIREV, entreprise émiratie valorisée à environ 200 millions de dollars, constituera un test concret de la thèse d'exportation de technologies souveraines.
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Aux Émirats, l'intelligence artificielle accélère la découverte et affine les décisions d'investissement, mais le jugement humain reste l'arbitre final. Les enquêtes montrent que 63 % des investisseurs se sentent plus enclins à prendre des risques calculés grâce à l'IA, tandis que 34 % s'en remettent encore aux conseillers financiers pour les choix définitifs. Le pays se positionne en exportateur de technologies d'IA souveraines, en construisant un écosystème qui allie innovation et supervision humaine.
L'intelligence artificielle est perçue comme un catalyseur d'innovation dans la finance islamique, mais son utilisation dans les campagnes politiques suscite des inquiétudes quant à la fragilité démocratique. La région observe l'IA avec scepticisme, reconnaissant sa double nature : un moteur de progrès économique et un outil de manipulation de l'opinion publique. Le jugement humain reste indispensable pour contrer les dérives automatisées qui menacent les processus électoraux.
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