
Xénophobie en Afrique du Sud : des milliers d’Africains évacués, Pretoria refuse toute compensation
Face aux violences xénophobes qui visent les migrants, le Nigeria et le Kenya organisent des rapatriements massifs, mais les demandes d’indemnisation se heurtent à un refus catégorique des autorités sud-africaines.
Des milliers de ressortissants africains quittent l’Afrique du Sud depuis plusieurs semaines, fuyant l’ultimatum fixé au 30 juin 2026 par des groupes anti-migrants. Selon les autorités nigérianes, plus de 800 citoyens ont été évacués en quatre rotations humanitaires, tandis que Nairobi annonce le retour de 151 Kényans ; des rapatriements concernent également des ressortissants du Ghana, du Malawi ou du Mozambique. Les évacués décrivent des scènes d’intimidation, de pillages et des expulsions de domicile, sans que les forces de l’ordre ne parviennent toujours à contenir les milices.
Une controverse diplomatique s’est immédiatement cristallisée autour de la question des indemnisations. Le haut-commissariat nigérian a commencé à recenser les commerces et propriétés abandonnés par ses ressortissants en vue d’une demande de réparation. La ministre sud-africaine chargée de la présidence, Khumbudzo Ntshavheni, a opposé une fin de non-recevoir, déclarant que seuls les biens légalement enregistrés pouvaient être cédés sur le marché immobilier national. Elle a par ailleurs réclamé que le Nigeria localise des « fumeries de drogue » attribuées à ses citoyens, des propos aussitôt qualifiés de provocation dans la presse nigériane. Les autorités kenyanes, quant à elles, n’ont pas formulé de revendication financière et concentrent leurs efforts sur le retour de leurs derniers nationaux avant le 9 juillet.
La flambée xénophobe puise ses racines dans une crise structurelle profonde. D’après des analystes cités par la presse lusophone, le chômage dépasse 45 % chez les jeunes Sud-Africains et le Congrès national africain (ANC) n’a jamais pu restaurer des services publics de base ni enrayer la corruption. Dans ce contexte, l’économie informelle, où les migrants originaires du Zimbabwe, de Somalie ou de Zambie sont très présents, attise les rancœurs. Le mouvement « March and March » a organisé des marches rassemblant des milliers de personnes, et a imposé sa date-butoir, ce qui a conduit à des violences isolées et à l’arrestation de 900 personnes pour infractions migratoires ou pillages, selon la police sud-africaine.
Les canaux diplomatiques restent ouverts. Abuja affirme vouloir négocier une compensation « au plus haut niveau » et demande aux rapatriés de documenter leurs pertes, tandis que Pretoria renvoie aux voies juridiques classiques pour les biens légaux. Par ailleurs, la mort d’un ressortissant ghanéen à Cape Town donne lieu à des versions divergentes : Accra dénonce un meurtre perpétré le 30 juin pendant les manifestations, alors que la ministre sud-africaine de la Justice juge cette version « factuellement incorrecte ». Aucun bilan consolidé des violences n’a été rendu public.
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