
Une cellule synthétique capable de croître et de se diviser redessine les frontières du vivant
Des chercheurs américains ont assemblé une cellule minimale à partir de composants chimiques inertes, capable de s’alimenter, de croître et de se répliquer sur plusieurs générations, sans être considérée comme vivante.
Pour la première fois, une équipe de l’Université du Minnesota a construit de toutes pièces une cellule synthétique — baptisée SpudCell — qui accomplit un cycle complet allant de l’absorption de nutriments à la division cellulaire. Assemblé à partir de 150 à 200 molécules non vivantes, ce compartiment lipidique abrite un génome minimal de 90 000 paires de bases et se réplique sur cinq à dix générations en milieu contrôlé. Le résultat, diffusé dans un manuscrit en attente d’évaluation par les pairs, ne constitue pas une forme de vie autonome, mais il démontre qu’il est possible de reproduire les comportements fondamentaux d’une cellule sans recourir à une étincelle biologique mystérieuse.
Le mécanisme de division de SpudCell contourne un verrou historique de la biologie synthétique. Là où les cellules naturelles utilisent un cytosquelette pour se scinder, la cellule artificielle exploite l’accumulation de protéines à sa surface, dont la pression mécanique finit par rompre la membrane. Les chercheurs ont introduit une modification génétique augmentant la production de ces protéines, ce qui a accéléré la croissance et favorisé la descendance des variants modifiés — une dynamique de sélection observée en laboratoire. SpudCell reste toutefois dépendante d’un apport externe en ribosomes, qu’elle ne sait pas fabriquer, et son génome fragmenté en sept plasmides n’est pas transmis de façon fiable, ce qui limite la durée des lignées.
Cette avancée s’inscrit dans un mouvement plus large de manipulation du vivant à des fins thérapeutiques ou industrielles. Aux États-Unis, des chercheurs de l’Université Washington de Saint-Louis ont modifié par CRISPR des ankylostomes pour qu’ils sécrètent un fragment d’anticorps neutralisant une toxine mortelle — une preuve de concept chez le hamster qui esquisse la possibilité de parasites transformés en pharmacies internes. Parallèlement, des start-up biotechnologiques, notamment en Amérique du Nord et en Europe, développent des approches d’édition épigénétique qui, sans couper l’ADN, visent à moduler l’activité de gènes impliqués dans des pathologies comme l’hypercholestérolémie ou certaines dystrophies musculaires. Ces travaux partagent une même ambition : passer de la lecture du code génétique à son contrôle fin, qu’il s’agisse de cellules entièrement artificielles, d’organismes modifiés ou de régulations épigénétiques.
La prochaine étape pour SpudCell consistera à consolider son génome en un chromosome unique et à lui conférer la capacité de produire ses propres ribosomes, afin d’allonger la persistance des lignées. L’équipe a fondé une structure de recherche ouverte, Biotic, destinée à standardiser les protocoles et à permettre à d’autres laboratoires de reproduire et d’étendre ces résultats. La publication scientifique formelle, soumise cette semaine, constituera le premier jalon vérifiable de cette tentative de comprendre, par la reconstruction, les principes minimaux de la vie.
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Une avancée majeure en biologie synthétique : la première cellule artificielle capable de se nourrir, de croître et de se diviser. SpudCell, construite à partir de composants chimiques inertes, ouvre la voie à la création d’organismes sur mesure.
Un pas vers la vie artificielle, mais avec prudence. SpudCell reproduit certaines fonctions du vivant sans être considérée comme telle. Les scientifiques tempèrent les espoirs d’applications rapides.
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