
Sucre, édulcorants et sommeil : quand les extrêmes fragilisent le métabolisme
Des données récentes, de la souris aux essais cliniques, indiquent que les régimes sans sucre et les substituts édulcorés ne sont pas neutres pour la glycémie et la barrière intestinale.
Une étude préclinique menée sur des souris (six animaux par groupe) montre qu’un régime strictement dépourvu de sucre, bien que n’entraînant pas de prise de poids, provoque une perte de la capacité à éliminer le glucose sanguin et une altération de la barrière intestinale. Les hormones intestinales signalent un état de crise, et des bactéries nuisibles remplacent les espèces bénéfiques privées de glucides simples. Ce phénomène de « leaky gut » laisse passer des toxines bactériennes dans la circulation, déclenchant une réponse immunitaire intense.
Parallèlement, une méta-analyse de 21 essais cliniques randomisés conduite par l’Université Tufts (États-Unis) et publiée dans Current Atherosclerosis Reports établit que la consommation d’édulcorants artificiels ou hypocaloriques, comparée à de l’eau ou un placebo, est associée à une élévation de l’insuline à jeun et de l’hémoglobine glyquée (HbA1c), ainsi qu’à des signes de diminution de la sensibilité à l’insuline. Les chercheurs évoquent une perturbation du microbiote intestinal comme mécanisme possible, certaines substances modifiant la composition et l’activité des bactéries intestinales.
Ces observations s’inscrivent dans un tableau plus large où les déséquilibres du mode de vie pèsent sur la santé métabolique. Une vaste analyse de la UK Biobank, publiée dans Nature Aging, révèle que dormir moins de six heures ou plus de huit heures par nuit est associé à un vieillissement biologique accéléré de plusieurs organes, dont le cerveau et le foie. Les personnes dormant moins de six heures présentent un risque de mortalité toutes causes supérieur d’environ 50 % par rapport à celles qui dorment entre six et huit heures. En outre, des travaux montrent qu’une seule nuit de sommeil écourté réduit la force musculaire et altère l’utilisation des substrats énergétiques pendant l’exercice, le corps brûlant davantage de graisses non par efficacité mais en réponse au stress.
Les chercheurs de Tufts soulignent que les données restent insuffisantes pour condamner tous les édulcorants, chaque molécule pouvant agir différemment. Les auteurs de l’étude sur le régime sans sucre appellent à ne pas transposer directement les résultats de la souris à l’humain, mais y voient un signal incitant à la prudence face aux régimes d’élimination extrême. La prochaine évaluation des édulcorants par l’Organisation mondiale de la santé, attendue en 2027, devrait intégrer ces nouvelles données mécanistiques et épidémiologiques.
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