
Quand 25 000 Vespa font résonner les pierres de Rome
Un cortège mondial de scooters a traversé la Ville éternelle pour les 80 ans d’un deux-roues né des décombres de la guerre et devenu langage commun.
Samedi matin, sous un soleil de plomb, le vrombissement caractéristique de milliers de petits moteurs a remplacé le silence des ruines. Parti des thermes de Caracalla, un fleuve de Vespa aux couleurs acidulées s’est frayé un chemin entre le Colosse et les forums impériaux, là où défilaient autrefois les légions victorieuses. Sur le pavé romain, des scooters chargés de fleurs en plastique, de peluches et de drapeaux cousus main avançaient par vagues de mille, dans un bourdonnement continu qui évoquait moins la puissance que l’entêtement joyeux d’un insecte — celui-là même qui donna son nom à l’engin en 1946.
L’événement, point d’orgue de quatre jours de célébrations, a rassemblé des passionnés venus de soixante-sept pays. Une retraitée française de 61 ans, son terrier westie tondu pour supporter la chaleur, y croisait un père japonais et sa fille de 8 ans échangeant des écussons avec des clubs italiens. Un routier anglais de Newcastle, huit jours de route derrière lui, résumait l’attrait de la machine par sa simplicité : « On monte, on tourne, on part. » Sur un mollet allemand, un tatouage de la Vespa voisinait avec les mots « La Dolce Vita », tandis que des collectionneurs koweïtiens avaient fait expédier leur scooter comme une œuvre d’art. Cette géographie éclatée dit la persistance d’une communauté transnationale soudée par un objet qui, selon le vice-président marketing de Piaggio, Davide Zanolini, fut d’abord pensé pour les femmes — une jupe longue ne devant pas entraver la conduite.
La Vespa est née d’un double effondrement : celui de l’Italie de 1945 et des usines aéronautiques Piaggio bombardées. L’industriel Enrico Piaggio confia à l’ingénieur Corradino D’Ascanio, qui détestait les motos, le soin d’inventer un véhicule utilitaire pour une mobilité de masse. Le brevet déposé le 23 avril 1946 donna naissance à une « motoleggera » à carrosserie porteuse et changement de vitesse au guidon, dont le ronronnement fit dire à Piaggio : « Sembra una vespa ». Le succès fut immédiat, mais c’est le cinéma qui le transforma en mythe. En 1953, dans Vacances romaines, Gregory Peck et Audrey Hepburn sillonnent la ville sur une Vespa 125 ; le film fit bondir les ventes de 30 % en Italie et de 50 % à l’étranger. Depuis, le scooter est apparu dans plus de mille longs-métrages, du Talentueux Mr Ripley à Luca, devenant ce que la Coccinelle est à l’automobile : une silhouette immédiatement lisible, chargée d’un imaginaire de liberté et d’élégance accessible.
Face à l’arc de Titus, où le bas-relief de la menorah rappelle que Rome fut aussi le théâtre de processions plus sombres, le défilé des Vespa écrivait une autre page. Les 160 modèles présents, de la rarissime 98 cc de 1946 aux électriques contemporaines, racontaient une histoire industrielle que peu de marques peuvent revendiquer : celle d’un objet resté désirable sans jamais rompre avec sa forme originelle. Dans les travées du Stadio dei Marmi, transformé en village éphémère, les regards se portaient moins sur les statues d’athlètes que sur ces carrosseries bombées, comme si la dolce vita s’était un instant matérialisée dans un bruit de deux-temps et un nuage d’huile légère.
Comment la même histoire est racontée ailleurs.
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Le rassemblement de Vespa sous l'Arc de Titus, monument à la destruction de Jérusalem, jette une ombre sur la célébration du style italien. L'événement souligne involontairement la rareté des visages juifs dans la vie publique romaine et la tension non résolue entre commémoration festive et traumatisme historique.
Rome s'est transformée en théâtre à ciel ouvert du génie italien lorsque 25 000 Vespa ont défilé dans ses rues antiques, célébrant les 80 ans d'un scooter devenu emblème mondial de liberté et de design. L'événement, hommage à la vision de Corradino d'Ascanio, a uni les générations dans un joyeux rugissement de moteurs sous le Colisée et les Forums impériaux.
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