
Six mois après la capture de Maduro, le Venezuela sous tutelle américaine entre récit officiel et crise sociale
La présidente par intérim Delcy Rodríguez vante une normalisation diplomatique, mais la population subit une inflation record et s’impatiente face à une transition démocratique au point mort.
Le 3 janvier dernier, une opération militaire américaine en territoire vénézuélien aboutissait à la capture du président Nicolás Maduro et de son épouse, et à l’installation de l’ancienne vice-présidente Delcy Rodríguez à la tête d’un exécutif de transition. Six mois plus tard, celle-ci affirme, lors d’une commémoration à Panama, que le pays a « pris le chemin correct » en privilégiant les canaux diplomatiques pour apaiser les différends avec Washington et garantir la souveraineté nationale. Pourtant, selon des médias latino-américains et des enquêtes d’opinion, le décalage entre le discours officiel et le quotidien des Vénézuéliens ne cesse de se creuser.
Du côté de Washington, le secrétaire d’État Marco Rubio a défini une feuille de route en trois étapes – stabilisation, redressement, transition – dont la mise en œuvre est étroitement supervisée par l’administration Trump. D’après des responsables américains, la priorité est d’abord de sécuriser l’approvisionnement pétrolier et de normaliser une économie déformée par des années de gestion étatiste. Les forces armées, les services de sécurité et l’appareil judiciaire, restés sous contrôle chaviste, ont été chargés de maintenir l’ordre durant la phase de stabilisation, un choix qui, selon la presse colombienne, a été perçu par l’opposition démocratique comme un frein à une transition rapide. Caracas, de son côté, met en avant l’allègement des sanctions pétrolières et la relance de la production d’hydrocarbures, tout en appelant à l’unité nationale et au dépassement des « extrêmes politiques ».
Sur le terrain, les retombées de cette architecture de tutelle restent très inégalement réparties. D’après une enquête de l’institut brésilien AtlasIntel pour Bloomberg, le taux d’approbation de Delcy Rodríguez est tombé à 25 % en mai, troisième baisse mensuelle consécutive. L’inflation annuelle, bien qu’en décélération, demeure la plus élevée au monde à 524 %, et l’écart entre le taux de change officiel et le marché parallèle alimente la fuite des capitaux. Les nouvelles recettes pétrolières, administrées par les autorités américaines, se concentrent dans un nombre restreint d’entreprises disposant de comptes aux États-Unis, sans irriguer le tissu social, constatent des analystes économiques de la région. « Tout est un mensonge », résume un habitant de Los Teques cité par la presse argentine, qui invite les responsables à se rendre dans un supermarché sans gardes du corps.
Le dossier vénézuélien se trouve ainsi dans une phase de stabilisation autoritaire sous parapluie américain, où la libéralisation politique est repoussée au dernier rang des priorités. Si Washington évoque la création future de conditions pour des élections, aucun calendrier n’a été rendu public. La coopération entre les deux gouvernements se poursuit sur le volet économique, tandis que la patience de la population s’amenuise et que l’opposition, entravée, peine à faire entendre une voie alternative. La prochaine étape attendue est la poursuite des réformes économiques dictées par les intérêts stratégiques américains, sans qu’une ouverture démocratique ne soit programmée à court terme.
Comment la même histoire est racontée ailleurs.
2 groupes éditoriaux · 2 langues
Après la capture de Maduro, le Venezuela a pris le bon chemin. La diplomatie a permis de résoudre les différends internationaux et de renforcer la stabilité intérieure. Les six derniers mois marquent un tournant positif dans la politique nationale.
Les États-Unis exercent un contrôle de fer sur la transition vénézuélienne, ignorant la diplomatie et imposant une tutelle humiliante. Malgré les proclamations de Trump sur un pays heureux, le mécontentement populaire grandit car les revenus pétroliers ne parviennent pas aux gens ordinaires.
Articles liés
Canicule en Europe : au moins 40 noyades en France, records de température et infrastructures sous tension
13 langues · 43 sources
SportColombie domine la RD Congo et valide son billet pour les seizièmes de finale
9 langues · 37 sources
Sciences & SantéPremier cas d’Ebola en France : un médecin humanitaire rapatrié du Congo testé positif
6 langues · 32 sources