
Rubio au Golfe : Washington tente de rassurer ses alliés sur l’accord avec l’Iran
Le secrétaire d’État américain promet de ne rien faire qui compromette la sécurité des monarchies du Golfe, alors que Téhéran revendique une victoire et que le sort du détroit d’Ormuz reste en suspens.
La tournée du secrétaire d’État américain Marco Rubio au Koweït, aux Émirats arabes unis et à Bahreïn, achevée ce jeudi par une réunion du Conseil de coopération du Golfe (CCG), visait à obtenir le soutien des monarchies pétrolières à l’accord-cadre conclu entre Washington et Téhéran. Selon les déclarations de M. Rubio, les États-Unis seront « complètement alignés » avec leurs partenaires du Golfe et ne prendront aucune décision susceptible de « compromettre la sécurité de [leurs] alliés de longue date ». Cette promesse intervient alors que l’accord intérimaire, qui ouvre une période de négociation de soixante jours, n’aborde ni le programme de missiles balistiques iranien ni le rôle des proxys régionaux de Téhéran, deux sujets de préoccupation majeure pour les capitales arabes.
Du côté iranien, le négociateur en chef Mohammad Bagher Ghalibaf a qualifié le mémorandum d’entente de « déclaration de défaite de l’Amérique », fruit de la « résistance de la nation iranienne ». Téhéran insiste sur son intention de conserver, avec Oman, le contrôle du détroit d’Ormuz et d’y prélever des « frais de services maritimes », une position que Washington rejette catégoriquement. Le président Donald Trump a affirmé sur les réseaux sociaux que l’Iran s’était engagé à ne percevoir « aucun péage, aucun coût d’assurance, ni aucun autre frais », sans préciser si cet engagement survivrait à la période de soixante jours. Les deux capitales ont par ailleurs livré des versions contradictoires sur l’étendue des inspections nucléaires : M. Trump évoque un accès « pour une durée indéterminée », tandis que Téhéran dément toute concession de cet ordre.
La question du détroit d’Ormuz, par où transite une part substantielle des exportations mondiales d’hydrocarbures, s’est imposée comme le dossier le plus sensible de la tournée. Selon des sources diplomatiques, le Premier ministre qatari s’est rendu à Oman pour engager des discussions entre les États du Golfe, l’Irak et l’Iran, les pays arabes plaidant pour une liberté de navigation sans frais, alors que l’Iran devrait réclamer une redevance environnementale et de sécurité. En parallèle, des pourparlers de réconciliation entre les pays du Golfe et l’Iran seraient attendus en Arabie saoudite, d’après un diplomate s’exprimant sous couvert d’anonymat. Ces initiatives régionales illustrent la volonté des monarchies de ne pas laisser le seul tête-à-tête américano-iranien redessiner l’architecture de sécurité du Golfe.
Le texte de l’accord-cadre, tel que décrit par plusieurs sources, ne contient aucune limite au programme balistique iranien et prévoit un fonds de reconstruction de 300 milliards de dollars, dont le financement pourrait incomber en partie aux États de la région. M. Rubio a toutefois indiqué qu’il ne solliciterait pas de contribution durant sa visite. En coulisses, certaines capitales du Golfe expriment leur déception face à un accord qui pourrait ouvrir la voie à une normalisation entre Washington et Téhéran, selon des responsables cités par l’agence Reuters. Bahreïn, dont la monarchie sunnite dirige une population majoritairement chiite, redoute en particulier qu’un Iran financièrement libéré ne ravive des troubles intérieurs.
Les prochaines étapes techniques entre les États-Unis et l’Iran doivent reprendre dans les jours à venir, après un premier round en Suisse. Parallèlement, les discussions entre Israël et le Liban, sous médiation américaine, se poursuivent à Washington, M. Rubio ayant déclaré que l’un des objectifs était de permettre à l’armée libanaise de « reprendre le contrôle de son territoire » face au Hezbollah. Le dossier reste donc largement ouvert, et la réunion du CCG à Manama aura permis aux capitales arabes de faire entendre leurs lignes rouges avant l’entame des négociations détaillées.
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Les États-Unis sont en proie à la panique à l'idée que les États du Golfe pourraient mettre en place un cadre de sécurité alternatif, sapant ainsi les Accords d'Abraham. La tournée du secrétaire Rubio vise à rassurer les alliés, mais les analystes y voient le signe d'un affaiblissement de l'emprise de Washington sur la région.
L'Iran présente l'accord de cessez-le-feu initial comme une déclaration de défaite américaine, et balaie les assurances de Rubio aux États du Golfe comme de simples affirmations. Téhéran insiste sur son contrôle du détroit d'Ormuz et rejette tout péage, tandis que les États-Unis s'efforcent de prolonger la trêve et de rouvrir la voie navigable à leurs conditions.
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