
Réformes fiscales dans les économies émergentes : entre soulagement des contribuables et équilibres budgétaires
Du Brésil au Bangladesh en passant par la Tanzanie, les gouvernements ajustent leurs politiques fiscales sous la pression politique, avec des impacts budgétaires mesurés en milliards de dollars.
Au Brésil, le gouvernement fédéral s’apprête à envoyer au Congrès un projet de loi relevant le plafond de chiffre d’affaires annuel des micro-entrepreneurs individuels (MEI) de 81 000 à une fourchette comprise entre 130 000 et 140 000 réaux, avec une mise en œuvre échelonnée jusqu’en 2028. Cette mesure, qui autoriserait également l’embauche d’un deuxième salarié, est présentée comme une réponse à une demande générale des 17 millions de travailleurs formalisés sous ce régime. L’exécutif y voit une réalisation politique majeure en année électorale, mais le ministère des Finances résiste à l’extension de la correction à l’ensemble des tranches du régime simplifié (Simples Nacional), dont l’impact est estimé à 50 milliards de réaux de renonciation fiscale par an. Le rapporteur du texte à la Chambre, le député Jorge Goetten, défend pourtant une indexation automatique des plafonds sur l’inflation, illustrant la tension entre ambition sociale et contrainte budgétaire en Amérique latine.
En Afrique de l’Est, la Tanzanie a inscrit dans son budget 2026/27 une réforme plus discrète mais structurelle : l’instauration d’un délai obligatoire de trente jours pour le remboursement des crédits de TVA, assorti d’intérêts de retard à la charge de l’État. Les arriérés de remboursement, qui atteignaient environ 650 millions de dollars en 2025, agissaient comme une taxe invisible sur la trésorerie des exportateurs et des industriels, freinant l’investissement direct étranger. En codifiant cette obligation, le gouvernement tanzanien envoie un signal aux investisseurs, dans une région où le Kenya et l’Ouganda connaissent des difficultés comparables. Cette approche, qui privilégie la prévisibilité administrative plutôt que de nouvelles exonérations, est perçue par les milieux d’affaires d’Afrique orientale comme un levier pour améliorer la compétitivité sans creuser le déficit.
Au Bangladesh, le débat budgétaire a été marqué par une surenchère politique sur le seuil d’exonération de l’impôt sur le revenu. Le projet de loi de finances pour 2026-27 proposait initialement de porter ce seuil de 350 000 à 375 000 takas, avec une progression ultérieure. Sous la pression de l’opposition et de la société civile, le gouvernement a finalement accepté de le fixer à 400 000 takas, soit une hausse de 50 000 takas en une seule fois. Le Premier ministre Tarek Rahman a lui-même suggéré d’aller plus loin, en proposant un calendrier accéléré pour atteindre 500 000 takas d’ici 2030-31, tout en demandant le retrait de l’obligation de certificat d’identification fiscale (TIN) pour l’ouverture de comptes bancaires. Ces concessions, saluées par le Centre pour le dialogue politique (CPD), visent à soulager les contribuables à faible revenu dans un contexte d’inflation persistante.
Parallèlement, le gouvernement bangladais a renoncé à imposer une TVA unique aux détaillants dont le chiffre d’affaires annuel est inférieur à 5 millions de takas, une mesure qui avait suscité l’hostilité des associations de commerçants. Le ministre des Finances a également assoupli la périodicité des déclarations de TVA, permettant désormais un dépôt trimestriel plutôt que mensuel. Ces ajustements illustrent, en Asie du Sud, la difficulté de concilier l’élargissement de l’assiette fiscale avec la préservation d’un tissu économique largement informel.
Les prochaines étapes varient selon les pays : au Brésil, le projet de loi doit être déposé dans les prochains jours et voté avant la pause parlementaire de mi-juillet ; en Tanzanie, l’entrée en vigueur du nouveau mécanisme de remboursement de TVA est attendue avec le début de l’exercice budgétaire ; au Bangladesh, le budget définitif était soumis au vote du Parlement ce lundi, intégrant les ultimes arbitrages politiques.
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