
Quand le penalty manqué réveille le spectre de l’« immigré » : la Coupe du monde 2026 face à la haine en ligne
La FIFA a recensé 89 000 publications injurieuses durant la phase de groupes, un bond de treize fois par rapport à 2022, tandis que les joueurs néerlandais noirs ou fils d’immigrés ont été la cible d’insultes racistes après leur élimination.
Leurs tirs au but venaient à peine de s’écraser sur le gardien marocain que les notifications ont commencé à pleuvoir. Justin Kluivert, Quinten Timber et Crysencio Summerville, trois joueurs de la sélection néerlandaise, ont vu leurs comptes Instagram et X se remplir d’émojis de singe et de messages haineux. La scène, banale dans sa cruauté numérique, s’est déroulée lundi soir, après la défaite des Pays-Bas face au Maroc en seizièmes de finale du Mondial 2026. Contraints de restreindre les commentaires sur leurs profils, les trois hommes ont incarné malgré eux un rituel qui dépasse le rectangle vert : celui du joueur noir ou issu de l’immigration soudainement renvoyé à une altérité qu’on lui pardonne seulement dans la victoire.
L’épisode néerlandais n’est que la partie émergée d’un phénomène dont la FIFA a livré mercredi la mesure chiffrée. Le Service de protection des médias sociaux (SMPS) de l’instance a identifié 89 000 publications injurieuses pendant la seule phase de groupes du tournoi nord-américain, soit treize fois plus que lors de la même étape au Qatar en 2022. Sur plus de six millions de messages et commentaires analysés, 11 % présentaient un caractère raciste, une proportion en hausse de trois points par rapport à l’édition précédente. Le SMPS, qui combine intelligence artificielle et modération humaine, a masqué 181 000 commentaires haineux et transmis une centaine de dossiers aux autorités judiciaires. Mais derrière l’arsenal technique, les chiffres dessinent une tendance que l’organisation elle-même qualifie de « préoccupante ».
Au Brésil, des chercheurs en relations internationales et en sociologie ont décrypté ce mécanisme dans la presse locale. Pour le professeur Adriano Freixo, de l’Université fédérale Fluminense, le joueur noir ou fils d’immigré devient le « bouc émissaire » idéal lorsque l’équipe nationale déçoit. « Quand on cherche un coupable, le plus facile est de désigner celui qui est différent », explique-t-il, pointant la stratégie de l’extrême droite européenne qui « utilise la différence pour construire la haine ». Son collègue Maurício Santoro, docteur en science politique, replace le football dans un continuum social : le sport reflète les tensions migratoires et les transporte vers un public qui, autrement, ne s’engagerait pas dans ce débat. Le phénomène a été résumé par une formule cinglante dans la presse brésilienne : « Européen quand il gagne, immigré quand il perd ».
Cette lecture trouve un écho particulier dans la composition des sélections du Vieux Continent. L’équipe de France compte plus de 75 % de joueurs issus de l’immigration dans son effectif pour ce Mondial ; les Pays-Bas, éliminés, en alignaient la moitié. La presse néerlandaise a largement relayé la condamnation de la fédération, qui a tracé « une ligne claire » contre le racisme, tandis que l’ancien international Clarence Seedorf, lui-même confronté à la discrimination après des penalties manqués sous le maillot orange, a publié un manifeste vidéo. « Le silence des personnalités publiques et des institutions les rend complices du problème », a-t-il asséné, appelant à des sanctions pénales.
Alors que la compétition se poursuit dans les stades américains, canadiens et mexicains, l’image qui demeure est celle de ces comptes soudainement verrouillés, de ces espaces numériques où la parole se rétracte. Le SMPS a beau masquer des millions de messages, il ne peut effacer la mécanique qui, à chaque penalty manqué, transforme un sportif en étranger.
Comment la même histoire est racontée ailleurs.
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Les attaques racistes contre les joueurs néerlandais après leur échec aux tirs au but révèlent une profonde hypocrisie : ils sont célébrés comme Européens dans la victoire, mais réduits à des immigrés dans la défaite. Cet incident, qui s'inscrit dans une flambée d'abus en ligne documentée par la FIFA, a suscité des appels à des sanctions et une remise en question du racisme persistant dans le football.
Le service de protection des médias sociaux de la FIFA a enregistré 89 000 publications abusives pendant la phase de groupes, soit une multiplication par treize par rapport au tournoi précédent. Ces chiffres mettent en évidence une escalade brutale du harcèlement en ligne visant les joueurs et les équipes.
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