
En Algérie, des législatives sans passion face à l’engouement pour le Mondial
Plus de 24 millions d’électeurs sont appelés aux urnes ce jeudi, mais le match de la Coupe du monde contre la Suisse mobilise davantage l’attention, révélant un déficit de confiance dans le processus politique.
Ce jeudi 2 juillet, l’Algérie renouvelle son Assemblée populaire nationale. Plus de 24 millions d’électeurs sont invités à départager 793 listes pour 407 sièges, sous la supervision de l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE). Pourtant, dans les rues d’Alger comme dans les régions reculées, l’attention se porte moins sur les programmes des 32 partis en lice que sur le seizième de finale de la Coupe du monde de football, qui opposera les Fennecs à la Suisse à 4 heures du matin. Selon des observateurs européens, ce décalage illustre un divorce persistant entre la société et ses institutions représentatives.
Du côté du pouvoir, le scrutin est présenté comme une étape de consolidation institutionnelle après les réformes constitutionnelles et la nouvelle loi électorale adoptée en avril. Celle-ci limite le cumul des mandats et renforce les mécanismes de contrôle du financement politique. L’ANIE a ainsi rejeté près d’un tiers des candidatures initiales, invoquant des liens avec « l’argent sale » ou le « nomadisme politique ». Des médias algériens rapportent que ces exclusions ont touché aussi bien des figures de l’opposition, comme le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), que des alliés du président Tebboune, à l’image du Mouvement de la construction nationale. Pour les autorités, cette opération de filtrage vise à moraliser la vie parlementaire et à favoriser l’émergence de nouveaux profils, plus jeunes et plus diplômés.
Dans les faits, la nouvelle Assemblée devrait rester dominée par les formations proches du pouvoir, le Front de libération nationale (FLN) et le Rassemblement national démocratique (RND) présentant des listes dans la quasi-totalité des circonscriptions. Mais le véritable enjeu, soulignent des analystes maghrébins, réside dans la participation. En 2021, le taux s’était effondré à 23 %, un record historique. La campagne atone de 2026 et la concurrence du Mondial laissent présager une abstention massive, qui affaiblirait la légitimité du futur hémicycle. Andrew Farrand, chercheur au Atlantic Council de Washington, rappelle que le football a toujours été un exutoire politique en Algérie, depuis la lutte anticoloniale jusqu’au Hirak de 2019, où les clubs de supporters avaient structuré la contestation. Le match contre la Suisse, note-t-il, « montre ce qui est important pour les Algériens ».
Les bureaux de vote ferment à 19 heures, avec une possible prolongation jusqu’à 20 heures. Les résultats provisoires seront annoncés par l’ANIE dans les 48 heures, avant validation définitive par la Cour constitutionnelle sous dix jours. Le nouveau Parlement, élu pour cinq ans, aura la charge de légiférer dans un contexte de diversification économique et de tensions géopolitiques régionales. Reste à savoir si le faible enthousiasme populaire permettra à cette institution de s’imposer comme un véritable contre-pouvoir.
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