
Quand l’enfant chuchote à la machine : la course mondiale pour domestiquer l’IA
Des chambres d’enfants aux négociations du G20, une même question s’impose : comment gouverner une technologie qui se diffuse plus vite que les lois, les pédagogies et les réflexes de protection ?
Dans une chambre aux volets tirés, quelque part en Asie du Sud-Est, un enfant de douze ans murmure une question à son téléphone. Il ne s’adresse ni à un parent ni à un ami, mais à un agent conversationnel dont la réponse s’affiche aussitôt, neutre et rassurante. La scène n’a rien d’une fiction : selon les données de l’UNICEF, plus de deux millions d’enfants, dans une dizaine de pays, utilisent déjà l’intelligence artificielle pour obtenir des conseils sur des questions personnelles, tandis que treize millions s’en servent pour apprendre. Leur taux d’adoption dépasse de plus de trois fois celui des adultes, faisant de cette génération la première à grandir avec une IA devenue confidente, préceptrice et, parfois, substitut affectif.
Ce basculement intime s’est invité cette semaine dans les enceintes diplomatiques. À Genève, lors du premier Dialogue mondial sur la gouvernance de l’intelligence artificielle, le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a plaidé pour un pacte international afin que « aucun enfant ne devienne le cobaye d’une IA non réglementée ». Il a proposé trois principes : l’obligation pour les entreprises de prouver la sûreté de leurs systèmes avant de les exposer aux mineurs, la tolérance zéro face aux images d’abus générées par IA, et l’orientation automatique des jeunes en détresse vers une assistance humaine. Au même moment, à Washington, la présidence américaine du G20 entendait une mise en garde venue de Jakarta : les normes mondiales de l’IA ne doivent pas se muer en barrières discriminatoires pour les micro, petites et moyennes entreprises des pays en développement. L’Indonésie a réclamé que ces États soient « co-auteurs » des standards, et non simples exécutants.
Ces interventions dessinent une fracture familière. D’un côté, les nations du Nord, où l’inquiétude citoyenne grandit à mesure que l’IA s’immisce dans l’économie et la vie quotidienne. Aux États-Unis, 52 % des adultes se disent désormais plus préoccupés qu’enthousiastes, selon le Pew Research Center, et des parents intentent des procès contre des entreprises technologiques qu’ils jugent responsables de la mort de leurs enfants. De l’autre, les pays du Sud, qui redoutent de voir se reproduire les asymétries de la première mondialisation numérique : fournisseurs de données et consommateurs de technologies conçues ailleurs, sans maîtrise des infrastructures ni des règles du jeu. L’Indonésie pousse ainsi pour des partenariats public-privé dans les centres de données et le cloud, tandis que le Liban, à travers la presse arabophone, s’interroge sur l’urgence d’une « alphabétisation numérique » qui ne se limite pas à la maîtrise des outils, mais enseigne aux enfants à déceler les biais, les deepfakes et les risques d’exploitation de leurs données personnelles.
La protection des plus jeunes cristallise ces tensions. Au Royaume-Uni, une méta-analyse menée par quatre universités conclut que les bébés de moins de deux ans ne devraient bénéficier d’aucun temps d’écran régulier, pointant des retards de langage, des troubles du sommeil et une érosion du lien d’attachement. Les chercheurs y décrivent des nourrissons qui se tournent vers les appareils numériques pour trouver du réconfort, au lieu de chercher l’apaisement auprès d’un adulte. Dans les pays du Golfe, où le taux de pénétration d’internet atteint 99 % aux Émirats arabes unis, la réponse se veut structurelle : des voix s’élèvent pour que la protection soit intégrée au réseau lui-même, capable de bloquer les contenus pédocriminels avant qu’ils n’atteignent l’écran, sans dépendre de la vigilance ou de la compétence technique des parents.
Pendant que les diplomates débattent, les chiffres continuent de s’affoler. En 2025, les vidéos d’abus sexuels sur enfants générées par IA ont bondi de 26 385 % en un an, selon l’Internet Watch Foundation. Et Guterres a rappelé que les centres de données consomment déjà plus d’électricité que la plupart des pays, et pourraient bientôt dépasser tous les États sauf cinq. L’image qui reste est celle d’un enfant allongé dans la pénombre, le visage éclairé par la lueur froide d’un écran, posant à une machine des questions qu’il n’ose confier à personne. Une intimité nouvelle, qui se tisse à l’échelle planétaire, bien en avance sur la capacité des États à en dessiner les garde-fous.
| Presse latino-américaine | −0.30 | critical |
|---|---|---|
| Presse arabe Levant-Maghreb | −0.50 | critical |
| Presse du Golfe arabe | +0.10 | neutral |
| Presse indienne et sud-asiatique | −0.70 | critical |
L'ONU exige un pacte mondial pour qu'aucun enfant ne devienne un cobaye de l'IA.
Faire appel à l'autorité morale de l'ONU et au langage des droits de l'homme pour universaliser le besoin de régulation.
Ne mentionne pas les préoccupations économiques des pays en développement concernant l'impact des réglementations de l'IA sur les PME.
Le monde n'est pas prêt : 20 millions d'enfants utilisent déjà l'IA sans protection.
Utiliser des données choquantes de l'UNICEF pour créer l'urgence et faire pression sur les gouvernements.
Omet l'existence d'efforts de gouvernance mondiale comme le pacte de l'ONU et les solutions techniques proposées dans le Golfe.
La protection doit être intégrée au réseau, pas laissée aux parents ; les gouvernements du Golfe doivent agir.
Présenter la solution technique comme la seule viable, en contraste avec la responsabilité parentale.
Ne mentionne pas l'ampleur de l'utilisation de l'IA par les enfants ni les appels mondiaux à la réglementation, se concentrant uniquement sur une solution technique.
Les Américains craignent que l'IA nuise à leur vie ; la méfiance grandit.
Citer les sondages Pew pour montrer un changement d'opinion publique, légitimant la peur.
Ignore l'accent sur la protection de l'enfance et les initiatives internationales, se concentrant uniquement sur la peur générale des adultes aux États-Unis.
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