
OTAN à Ankara : dépenses militaires, industrie turque et silence sur les droits
Les alliés débattent du seuil de 5 % du PIB pour la défense et du soutien à l’Ukraine, tandis que la Turquie met en avant son industrie d’armement et que les critiques sur l’état de droit s’effacent.
Le sommet de l’OTAN s’ouvre à Ankara les 7 et 8 juillet, réunissant les dirigeants des 32 États membres. Les discussions porteront sur l’objectif de consacrer 5 % du produit intérieur brut à la défense d’ici 2035, adopté lors du précédent sommet à La Haye, et sur le maintien de l’aide militaire à l’Ukraine. La Turquie, pays hôte, entend profiter de l’événement pour promouvoir son industrie de défense et se positionner en intermédiaire entre le président américain Donald Trump et des alliés européens dont les relations avec Washington se sont distendues.
Selon le secrétaire général Mark Rutte, l’Alliance doit tracer une « trajectoire crédible » vers les 5 %, mais plusieurs capitales européennes, notamment Madrid, Prague, Budapest et Ljubljana, n’ont pas encore atteint le précédent seuil de 2 % et restent réticentes. D’après des sources proches de l’OTAN, l’administration Trump insiste sur un partage du fardeau plus équitable, tandis que M. Rutte met en avant les retombées économiques pour les États-Unis : les commandes européennes d’armements américains représenteraient 300 milliards de dollars sur deux ans et soutiendraient près de 195 000 emplois outre-Atlantique.
En marge des débats budgétaires, Ankara organise un forum de l’armement de haut niveau. Les industriels turcs, comme Baykar ou Aselsan, cherchent à intégrer les chaînes d’approvisionnement européennes, et des délégations allemandes et italiennes ont manifesté leur intérêt. Parallèlement, selon des diplomates occidentaux et turcs cités par Reuters, les alliés ne devraient pas évoquer publiquement la répression judiciaire visant le Parti républicain du peuple (CHP) et l’emprisonnement du maire d’Istanbul, Ekrem Imamoğlu. Depuis l’invasion russe de l’Ukraine, les capitales occidentales privilégient le renforcement des liens sécuritaires avec la Turquie, reléguant au second plan les préoccupations relatives à l’État de droit.
Ce silence contraste avec la crise diplomatique de 2021, lorsque dix ambassadeurs occidentaux avaient appelé à la libération du philanthrope Osman Kavala, provoquant des menaces d’expulsion. Aujourd’hui, des restrictions d’accréditation frappent des journalistes indépendants et plus de 200 personnes ont été interpellées avant le sommet. Pour des analystes turcs, cette retenue occidentale isole l’opposition et affaiblit les principes fondateurs de l’Alliance. Toutefois, des responsables européens estiment que les critiques publiques n’ont guère d’effet sur la dérive autoritaire et préfèrent des démarches discrètes.
Le sommet devrait déboucher sur l’annonce de contrats de défense de plusieurs dizaines de milliards de dollars et sur un état des lieux des progrès vers l’objectif de 5 %. La question de l’aide à l’Ukraine, avec la proposition rejetée en 2025 d’un prélèvement de 0,25 % du PIB, reste en suspens. La présence de Donald Trump, qui a conditionné sa venue à l’invitation du président Erdoğan, sera scrutée pour mesurer l’évolution des équilibres transatlantiques.
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Le sommet de l'OTAN à Ankara se concentrera sur le renforcement de l'Alliance et l'augmentation des dépenses de défense, mais les alliés occidentaux ont largement cessé de critiquer publiquement le bilan de la Turquie en matière de droits humains, privilégiant la coopération sécuritaire au détriment des valeurs démocratiques.
Les membres européens de l'OTAN explorent une coopération plus étroite avec l'industrie de l'armement turque, tandis que le secrétaire général de l'Alliance pousse à une augmentation des dépenses de défense européennes pour maintenir l'engagement américain sous Trump, présentant le réarmement comme une incitation économique pour Washington.
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