
Ormuz : le plan omanais de frais de passage bute sur l’opposition américaine
Alors qu’un cessez-le-feu temporaire garantit la libre circulation, Mascate a soumis une proposition de redevances pour services de navigation, rejetée par Washington et contestée par Téhéran.
Selon une information du New York Times confirmée par plusieurs sources diplomatiques, le sultanat d’Oman a formellement proposé aux États-Unis et à leurs alliés occidentaux un mécanisme de perception de frais auprès des navires empruntant le détroit d’Ormuz. Ce plan, qui s’inspire du modèle des contributions volontaires en vigueur dans le détroit de Malacca, prévoirait des paiements pour des services liés à la sécurité de la navigation. Présentée dans le cadre du mémorandum d’entente ayant instauré une trêve de soixante jours entre Washington et Téhéran, la proposition omanaise intervient alors que le trafic commercial bénéficie d’une exemption temporaire de tout péage. Les négociateurs américains ont fait part de leurs réserves et entendent en discuter avec les responsables omanais, selon des diplomates s’exprimant sous couvert d’anonymat.
Les positions des parties restent nettement divergentes. Pour Téhéran, le vice-ministre des Affaires étrangères Kazem Gharibabadi a réaffirmé que les paiements devraient être obligatoires, tout en indiquant que l’Iran préfère conclure un accord avec Mascate, faute de quoi il agirait unilatéralement. De son côté, le ministre omanais des Affaires étrangères, Badr al-Busaidi, a distingué entre un péage de transit – qu’il juge contraire au droit international – et des redevances pour services effectivement rendus, telles que le balisage ou la dépollution. Washington, par la voix du président Donald Trump et du secrétaire d’État Marco Rubio, a qualifié d’« inacceptable » toute forme de tarification, qu’elle soit appelée « taxe, péage ou donation », et exige un retour au statu quo antérieur au conflit. Les capitales du Golfe, Riyad en tête, partagent cette position : le ministre saoudien des Affaires étrangères a estimé que la gestion du détroit « fonctionnait très bien avant le conflit » et qu’il n’y avait pas lieu d’accepter un « arrangement inédit ».
Sur le plan opérationnel, le trafic maritime a connu une forte hausse depuis l’entrée en vigueur de la trêve, en particulier le long du corridor sud longeant la côte omanaise, désormais emprunté par près de la moitié du trafic entrant, selon la société d’analyse maritime Windward. D’après d’anciens commandants de la Ve Flotte américaine, l’Iran a mené des attaques ciblées contre des navires utilisant cette route alternative afin de préserver son levier stratégique et de maintenir les primes d’assurance à un niveau dissuasif pour les armateurs. En riposte, les États-Unis ont frappé des sites militaires iraniens liés aux opérations maritimes. Parallèlement, les monarchies du Golfe accélèrent le développement d’oléoducs de contournement, tandis que Washington et Mascate élargissent l’usage du corridor méridional, autant d’initiatives qui, selon des analystes régionaux, érodent progressivement la capacité de Téhéran à instrumentaliser le détroit.
Au-delà du Golfe, la proposition iranienne est scrutée par de nombreuses capitales. Un expert maritime turc cité par le magazine Frontline observe que le premier État qui parviendrait à monétiser un détroit naturel « ne se contenterait pas de percevoir des recettes, il réécrirait les attentes ». La Convention des Nations unies sur le droit de la mer (UNCLOS) interdit de taxer le simple passage, mais l’Iran ne l’a pas ratifiée, contrairement à Oman. L’Union européenne, par l’intermédiaire de son représentant spécial pour le Golfe, Luigi Di Maio, appuie la médiation qatarie. Des pourparlers indirects entre émissaires américains et iraniens sont prévus ce mardi à Doha, avec pour objet central l’administration future du détroit. Téhéran devrait par ailleurs recevoir trois milliards de dollars d’avoirs dégelés d’ici la fin de la semaine, selon des sources proches des négociations. L’issue de la période de soixante jours déterminera si un mécanisme conjoint voit le jour ou si l’Iran met sa menace à exécution.
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L'Iran et Oman avancent conjointement sur un projet de péage pour les navires traversant le détroit d'Ormuz, malgré les objections de Washington. Présentée comme une redevance de service, cette initiative pourrait créer un précédent pour la gestion des principaux goulets d'étranglement maritimes mondiaux. Un comité mixte a été mis en place pour élaborer le cadre, tandis que le commerce mondial observe attentivement si la liberté de navigation sera redéfinie.
L'Iran cherche agressivement à renforcer son emprise sur le détroit d'Ormuz en imposant des droits de passage, une manœuvre que les États-Unis et leurs alliés du Golfe contrent avec un nouveau corridor maritime au sud. Le moment est perçu comme une tentative délibérée de préserver l'effet de levier stratégique de Téhéran alors que les routes alternatives commencent à éroder son contrôle. Washington considère ce projet de péage comme une violation de la libre navigation et une menace directe pour la sécurité énergétique mondiale.
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