
Mel Brooks, cent ans de parodie et de résistance par le rire
Du cœur de Bologne à son Brooklyn natal, l'humour corrosif du cinéaste américain continue de fédérer un public mondial, bien au-delà de la simple comédie.
Dimanche soir, sur la Piazza Maggiore de Bologne, plus de quatre mille personnes ont entonné un « Joyeux anniversaire » collectif projeté vers la Californie. Le festival Il Cinema Ritrovato célébrait sa quarantième édition, mais l’instant appartenait à un homme qui, depuis Santa Monica, répondait par un salut vidéo : Mel Brooks, cent ans tout juste, à la veille de la projection de Frankenstein Junior. La scène, à la fois intime et monumentale, résume le paradoxe de cet artiste capable de transformer un anniversaire en happening cinéphile transatlantique, où l’écran devient le lieu d’une complicité générationnelle.
Né Melvin Kaminsky en 1926 dans une famille juive de Brooklyn, orphelin de père à deux ans, vétéran du génie de combat en Europe, Brooks a d’abord fait ses armes dans les salles du Borscht Belt, avant d’écrire pour la télévision aux côtés de Sid Caesar. La critique italienne voit dans cette trajectoire l’archétype du self-made-man comique américain, quand les producteurs mexicains interrogés par El Norte le comparent sans hésiter à Charlie Chaplin. Son premier film, Les Producteurs (1967), satire du nazisme où deux escrocs montent une comédie musicale hitlérienne, lui vaut l’Oscar du scénario et annonce une méthode : s’emparer des genres les plus codifiés – western, horreur, science-fiction – pour en exposer les absurdités. The Atlantic note que Brooks, lecteur fervent des Âmes mortes de Gogol, partage avec l’écrivain russe un art de l’accumulation absurde jusqu’à la rupture, une manière de « hurler le rire » selon son mentor Mel Tolkin.
Cette mécanique de la subversion par le grotesque trouve un écho particulier hors des États-Unis. Pour le quotidien bengali Prothom Alo, le cinéaste a prouvé que « faire rire d’un dictateur peut détruire son pouvoir » – une lecture politique que le public latino-américain, confronté à ses propres autoritarismes, partage volontiers. Les producteurs Alejandro Gou et Guillermo Wiechers, cités par El Norte, soulignent que Brooks « ne manque de respect à personne », même lorsqu’il ridiculise Hitler, car c’est la bêtise des idéologies qu’il attaque. En Europe, où les mémoires de la guerre restent vives, la version musicale des Producteurs a suscité à Berlin en 2009 une mise en garde préalable de l’auteur lui-même : se moquer des nazis, jamais des victimes. Cette précaution révèle moins une autocensure qu’une conscience aiguë du pouvoir de l’humour noir, utilisé non pour banaliser, mais pour désarmer.
L’année du centenaire ne marque aucun repli. Brooks prépare la suite de Spaceballs (1987), parodie de Star Wars, et lègue ses archives au National Comedy Center de Jamestown. Interrogé sur le secret de sa longévité par People, il répond : « Je pense que rire vous garde en bonne santé et heureux. » L’Atlantic rappelle que son humour ne fuit jamais la mort : dans les années 1980, il avait imaginé une pierre tombale à pièces diffusant un message vidéo commençant par « J’étais Mel Brooks, l’un des plus drôles de petits Juifs à avoir foulé cette terre. » L’anecdote dit tout d’une éthique de vie où la fin n’est jamais qu’un dernier sketch. Le 28 juin, à Bologne comme à Brooklyn, on ne célébrait pas une icône, mais un rire qui, cent ans après, agit encore comme une protestation en mouvement – une main gauche à six doigts imprimée dans le ciment du Grauman’s Chinese Theatre, ultime pied de nez au sérieux du monde.
Comment la même histoire est racontée ailleurs.
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Mel Brooks est présenté comme un artiste gogolien dont la comédie absurde explore la condition humaine. Ses références répétées aux 'Âmes mortes' de Gogol révèlent un maximaliste sentimental dans l'âme. L'analyse met au jour un sérieux héritage littéraire derrière les parodies.
Mel Brooks est célébré pour avoir utilisé la comédie comme une arme contre la tyrannie, notamment en tournant Hitler en ridicule. Sa conviction que la satire peut briser le pouvoir d'un dictateur est présentée comme une forme de résistance tenace. L'article dépeint sa carrière centenaire comme une leçon sur la force politique de l'humour.
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