
Sous la pluie du New Jersey, le réveil des communautés face aux centres de données de l’IA
Des rues de Kenilworth aux villages canadiens et japonais, une opposition citoyenne inédite se dresse contre l’empreinte physique de l’intelligence artificielle, entre craintes environnementales et concentration des richesses.
Ce samedi de juillet, à Kenilworth, petite bourgade du New Jersey, le bruit des klaxons en plastique et des sifflets couvre par instants le crépitement de la pluie. Une foule d’habitants s’est rassemblée devant le tribunal municipal, brandissant des pancartes où l’on peut lire : « Vous trouvez que c’est la pression ? Attendez de ne plus avoir d’eau courante. » Certains tracent à la craie des slogans sur les trottoirs détrempés, tandis que d’autres battent un tambour. La cible de leur colère : un projet de centre de données dédié à l’intelligence artificielle, d’une valeur de 1,8 milliard de dollars, approuvé par la commission d’urbanisme locale.
Cette manifestation n’est pas un cas isolé. Elle s’inscrit dans une journée nationale de protestation orchestrée par Humans First, une organisation conservatrice à but non lucratif fondée par Amy Kremer, ancienne figure du Tea Party et cofondatrice de Women for Trump. Ce jour-là, 142 rassemblements sont recensés dans 42 États américains, du Texas à la Californie, en passant par la Géorgie et la Floride. Kremer, qui a contribué à l’organisation du rassemblement du 6 janvier 2021 à Washington, mobilise désormais son savoir-faire militant contre ce qu’elle appelle la « Big AI », dénonçant une technologie construite « avec les données des Américains, l’argent des contribuables, l’énergie et les terres américaines », sans que les citoyens aient leur mot à dire.
La fronde ne se limite pas aux États-Unis. Au Canada, des voix s’élèvent de Vancouver à Hamilton, en passant par Olds en Alberta, où un projet de campus de dix bâtiments alimenté au gaz naturel suscite une vive opposition. Un sondage Léger révèle que 81 % des Canadiens redoutent une hausse de leur facture d’électricité, et 79 % s’inquiètent des conséquences environnementales de ces infrastructures voraces en eau et en énergie. Au Japon, à Hino, dans la banlieue de Tokyo, Yoriko Kitagawa, 94 ans, qualifie de « horrible » le centre de données en construction qui dominera les habitations et privera certaines de lumière. Partout, les mêmes griefs : consommation d’eau, bruit, chaleur, emprise sur le paysage, et le sentiment d’être dépossédé de son cadre de vie par une technologie dont les bénéfices semblent échapper au plus grand nombre.
Ce sentiment d’injustice trouve un écho dans les mises en garde venues des sommets de la Silicon Valley. Alex Karp, PDG de Palantir, dont la fortune personnelle est estimée à 15 milliards de dollars, a lui-même averti que l’IA pourrait décupler sa richesse jusqu’à 300 milliards, tandis que les revenus des classes moyennes ne feraient que doubler, créant un « découplage complet entre une richesse inimaginable et la richesse normale ». Selon Oxfam, la fortune mondiale des milliardaires a bondi de 16 % en 2025 pour atteindre 18 300 milliards de dollars, une progression trois fois plus rapide que la moyenne des cinq années précédentes. À Moscou, la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, voit dans Palantir « l’une des plus grandes menaces pour le monde moderne », dénonçant ses contrats avec le Pentagone et le rôle du système Maven dans le ciblage militaire. Pendant ce temps, les géants de la tech prévoient d’investir plus de 700 milliards de dollars cette année dans les centres de données, une course aux capacités de calcul dont le coût, selon Morgan Stanley, a déjà grimpé de 20 % en raison de la flambée des prix des puces mémoire et des équipements électriques.
Sous la pluie de Kenilworth, les manifestants continuent de scander leurs slogans, abrités sous des ponchos. Un peu plus loin, une inscription à la craie, déjà à moitié effacée par l’eau, rappelle : « Construisez des communautés, pas des centres de données. » Une image fragile, comme un écho aux craintes d’une société qui voit s’ériger des cathédrales de béton et d’acier pour une intelligence dont elle ne maîtrise ni les promesses ni les périls.
| Presse atlantique / anglosphère | −0.20 | neutral |
|---|---|---|
| Presse latino-américaine | −0.70 | critical |
The AI industry downplays environmental fears by comparing data centers to golf courses, while Canadian citizens mobilize against the impact on bills and the environment.
The golf analogy normalizes water consumption by shifting the debate to a seemingly harmless benchmark.
It omits the global scale of protests and direct testimonies from affected residents, such as those in Japan.
The Hino community strongly opposes the data center, calling it a horrible project that threatens their neighborhood.
The use of an elderly resident's testimony creates an emotional bond and makes the harm tangible.
It does not mention the industry's position or regulatory initiatives in the United States.
Élargis ton regard
Inde : le pouvoir cède sur la faim mais pas sur la démission, la jeunesse maintient la pression
11 langues · 28 sources
Depuis Economy & MarketsNouveaux droits de douane américains sous couvert de lutte contre le travail forcé
7 langues · 44 sources
Depuis TechnologyQuand l’IA s’affranchit : les modèles d’OpenAI piratent Hugging Face de manière autonome
9 langues · 14 sources