
Retraites en Allemagne : la commission propose un système à la suédoise et la fin de la retraite à 63 ans
Le chancelier Merz et la ministre du Travail Bas s’engagent à mettre en œuvre intégralement les 33 recommandations, malgré l’opposition syndicale et patronale.
La commission sur la sécurisation des retraites, mandatée par le gouvernement allemand, a remis ce mardi un rapport unanime contenant 33 recommandations. Composée d’experts et de députés de la CDU/CSU et du SPD, elle propose une refonte structurelle du système par répartition. Le chancelier Friedrich Merz a immédiatement déclaré que « l’échec n’est pas une option » et exigé une mise en œuvre « rapide et complète » du paquet, tandis que la ministre du Travail Bärbel Bas (SPD) qualifiait l’ensemble de « Gesamtkunstwerk » dont aucun élément ne saurait être écarté. Cet affichage d’unité tranche avec les blocages antérieurs de la coalition noir-rouge sur le dossier des retraites.
La mesure centrale consiste à introduire un pilier de capitalisation obligatoire au sein même de l’assurance pension légale, sur le modèle du fonds public suédois AP7. Un prélèvement supplémentaire, débutant à 0,5 % du salaire brut pour atteindre 2 %, serait investi soit dans un fonds étatique – vraisemblablement le Kenfo, déjà gestionnaire des provisions du démantèlement nucléaire – soit dans des fonds privés agréés. Parallèlement, la commission recommande d’indexer l’âge légal de départ sur l’espérance de vie à partir de 2031, de supprimer le dispositif de retraite anticipée sans décote après 45 années de cotisation (la « Rente mit 63 ») et de relever l’âge minimum de retraite progressive de 55 à 58 ans. L’affiliation obligatoire serait étendue aux fonctionnaires et aux indépendants.
L’accueil politique est contrasté. Friedrich Merz, qui plaidait jusqu’ici pour une retraite d’entreprise obligatoire, a jugé « géniale » l’intégration de la capitalisation dans le régime général. Le SPD, traditionnellement attaché aux départs précoces, semble accepter l’équilibre global. En revanche, les syndicats allemands (DGB, Verdi) dénoncent la fin de la retraite à 63 ans comme un « mépris des acquis de toute une vie » et rejettent la capitalisation dans le système public, lui préférant des dispositifs patronaux financés par les employeurs. La fédération patronale BDA critique la hausse des charges sociales, tandis que le secteur de l’assurance craint pour ses parts de marché. Le parti de gauche Die Linke résume l’opposition par la formule « travailler plus longtemps, travailler plus ».
La prochaine étape sera la réunion du comité de coalition le 1er juillet, où un calendrier législatif doit être arrêté. Le gouvernement dispose d’une majorité fragile au Bundestag, et la présence de parlementaires des deux camps au sein de la commission vise à faciliter l’adhésion des groupes. La capacité de l’exécutif à résister au « cherry-picking » et aux pressions des groupes d’intérêt déterminera si ce projet devient le « tournant politique » que certains observateurs, notamment en Suisse alémanique, voient comme une chance pour une coalition à la popularité déclinante.
Comment la même histoire est racontée ailleurs.
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Les médias allemands présentent la réforme des retraites comme un tournant historique : la commission recommande un pilier par capitalisation sur le modèle suédois, le report de l'âge de départ à 70 ans et la suppression des minijobs. Le chancelier Merz promet de mettre en œuvre l'intégralité du paquet malgré une vive opposition syndicale et patronale.
La réforme allemande est absente ; à la place, une émission de radio brésilienne débat de l'intérêt d'un fonds de pension privé ou d'une obligation d'État pour la retraite, en soulignant les avantages fiscaux à long terme. La question est cadrée comme un choix financier individuel, déconnecté de la politique allemande.
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