
L’or reprend sa hausse après des chiffres de l’emploi américain décevants, les anticipations de taux divergent entre les deux rives de l’Atlantique
Le métal précieux a effacé quatre semaines de repli, porté par un rapport sur l’emploi bien inférieur aux attentes qui a réduit les paris de hausse des taux de la Fed, tandis que des économistes européens jugent le cycle de resserrement terminé pour la BCE.
Le prix de l’once d’or a bondi de plus de 2 % sur la semaine, s’établissant au-dessus de 4 176 dollars vendredi, après la publication de données sur l’emploi américain nettement inférieures aux prévisions. Les créations de postes non agricoles se sont limitées à 57 000 en juin, contre 110 000 attendus par les économistes interrogés par Reuters. Ce chiffre, le plus faible depuis plusieurs mois, a immédiatement infléchi les anticipations de marché : la probabilité implicite d’un relèvement des taux directeurs de la Réserve fédérale dès septembre est passée de 66 % à environ 54 %, selon l’outil FedWatch du CME.
Le mécanisme est classique : des taux d’intérêt moins élevés réduisent le coût d’opportunité de détenir un actif sans rendement comme l’or, tout en pesant sur le dollar. L’indice du billet vert s’orientait vers une baisse hebdomadaire, rendant le métal précieux moins onéreux pour les détenteurs d’autres devises. L’argent, le platine et le palladium ont également progressé, chacun atteignant des plus hauts de plus d’une semaine.
Pourtant, du côté des places européennes, l’interprétation de ce ralentissement du marché du travail diverge. Réunis à Aix-en-Provence, les responsables de la recherche économique d’Allianz, de BNP Paribas et d’AXA ont estimé que la Fed aurait encore besoin de relever ses taux cette année, l’inflation américaine restant « bien plus problématique qu’en Europe ». Ludovic Subran (Allianz) a évoqué une possible hausse en septembre, jugeant que l’économie américaine demeure portée par l’intelligence artificielle, les stimulations budgétaires et les prix de l’énergie. Isabelle Mateos y Lago (BNP Paribas) a nuancé le calendrier, mais a maintenu que « l’argument en faveur de nouvelles hausses de taux par la Fed reste intact ».
Cette divergence transatlantique s’est trouvée renforcée par le discours tenu au Portugal par le nouveau président de la Fed, Kevin Warsh, qui a exclu toute tolérance pour une inflation supérieure à 2 % et a refusé de fournir la moindre indication prospective sur les taux. Au même forum de Sintra, la présidente de la BCE, Christine Lagarde, et ses homologues de la Banque d’Angleterre et de la Banque du Canada ont, selon les analystes français, laissé entendre que le cycle de resserrement européen pourrait être achevé, la normalisation de l’approvisionnement énergétique et le reflux des prix du pétrole atténuant les pressions.
Le prochain repère factuel sera la réunion du Comité de politique monétaire de la Fed, dont la décision est attendue le 29 juillet. Les marchés continuent d’anticiper une hausse d’un quart de point d’ici la fin de l’année, mais pas avant décembre, tandis que la BCE, après son mouvement préventif du mois dernier, ne devrait plus agir à court terme.
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