
L'escalier barré : décrochage, angoisse et IA, le vertige de la jeunesse mondiale
Des tests d'Argentine aux examens désertés du Bangladesh, en passant par la santé mentale en crise au Brésil et en Indonésie, un panorama des défis de la jeunesse mondiale.
En 1966, les caméras de la télévision suédoise saisissent un adolescent de 17 ans, Carl Bildt, qui harangue ses camarades dans la cour du lycée Östra Real à Stockholm : « Nous nous conformons à la loi, et la loi ordonne que nous soyons à l'école », lance-t-il, proviseur autoproclamé lors d'une grève des enseignants. Soixante ans plus tard, en Suède, la jeunesse est à nouveau aux prises avec un système éducatif sous tension, mais le ton a changé. Selon une enquête citée par Sydsvenskan, les jeunes Suédois se disent plus stressés par leur formation et leur avenir financier, au point que l'intelligence artificielle infléchit leurs choix : la part des inscriptions en lycée professionnel atteint 39 %, du jamais vu depuis 2011. Le geste concret rassure quand les algorithmes font peur.
En Argentine, les pruebas Aprender de 2025 dessinent un autre visage de l'incertitude. Si 76,9 % des élèves de sixième atteignent un niveau satisfaisant en Langue, seules quatre provinces — Córdoba, Mendoza, Buenos Aires-ville et Formosa — dépassent la moyenne nationale. Les écarts entre public et privé, milieu rural et urbain, persistent. Surtout, révèlent les analyses relayées par La Nación et Clarín, même les élèves des catégories les plus aisées ne rivalisent pas avec leurs homologues des pays développés, signe que la panne est systémique. En mathématiques, un élève sur deux reste en deçà des attentes, et l'amélioration y est plus timide.
Au Bangladesh, le décrochage s'exprime avec une brutalité arithmétique : 36 % des candidats ne se sont pas présentés à l'examen de fin de secondaire en 2026, rapporte le Prothom Alo. L'année précédente, une analyse partielle pointait le mariage précoce (41 % des absents étaient déjà mariés), la pauvreté et le manque de préparation. Mais au-delà de ces causes immédiates, le système éducatif lui-même est mis en cause : coûteux, politisé, il dévalorise l'école au profit d'un coaching privé omniprésent, au point de décourager les élèves avant le jour J.
La santé mentale ajoute un étage à l'édifice des vulnérabilités juvéniles. Selon une étude de The Lancet citée par CNN Brasil, un milliard de personnes dans le monde souffrent de troubles mentaux, deux fois plus que dans les années 1990, et le pic de souffrance se situe désormais chez les 15-19 ans. Au Brésil, un jeune sur trois serait touché, avec une prévalence féminine ; en Indonésie, 34,8 % des adolescents présentent des problèmes, et un dépistage national récent classait près de 10 % des enfants comme anxieux ou dépressifs. Réseaux sociaux, pression économique, anxiété climatique : les causes forment un entrelacs que la seule multiplication des services sanitaires ne suffit pas à démêler.
En Suisse et en Suède, le marché du travail bouleversé par l'IA ajoute une dernière lame. Une étude de Jobcloud révèle une chute de 32 % des offres pour débutants depuis deux ans, tandis que les rentes d'invalidité chez les moins de trente ans atteignent un sommet. Un mème étudiant le résume : « L'IA va te coûter ton boulot. — Quel boulot ? ». Soixante ans après le jeune Bildt, la génération Z se retrouve face à un escalier barré, dont les marches disparaissent avant qu'on ait pu les gravir.
Comment la même histoire est racontée ailleurs.
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Generation Z is portrayed as a victim of a fragile economic system, lacking job guarantees or stable prospects. The emphasis is on structural difficulties and the absence of state support, with a pragmatic but worried tone.
Generation Z is described with data and statistics, without moral judgment. The tone is neutral, almost textbook-like, focusing on objective challenges such as the labor market and housing access.
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