
Israël : la percée de Gadi Eisenkot rebat les cartes électorales face à Netanyahou
Les sondages placent le nouveau parti centriste Yashar en tête des intentions de vote, faisant de l’ancien chef d’état-major le principal rival du Premier ministre sortant à l’approche du scrutin d’octobre.
À moins de quatre mois des élections législatives israéliennes prévues d’ici fin octobre, les enquêtes d’opinion diffusées par la chaîne 12 et commentées dans la presse israélienne et internationale indiquent un renversement de tendance. Le parti Yashar (« droit » ou « intègre » en hébreu), fondé il y a moins d’un an par l’ancien chef d’état-major Gadi Eisenkot, obtiendrait entre 23 et 24 sièges à la Knesset, devançant le Likoud de Benyamin Netanyahou, crédité de 22 sièges. Interrogés sur la personne la plus apte à diriger le pays, 43 % des sondés préfèrent Eisenkot contre 34 % pour le Premier ministre sortant, selon les mêmes données relayées par les médias iraniens et arabes. Aucun bloc ne disposerait toutefois d’une majorité claire pour gouverner seul, le camp Netanyahou (incluant ultraorthodoxes et partis des colonies) plafonnant à 51 mandats, tandis que l’opposition juive emmenée par Eisenkot en rassemblerait 59, les listes arabes se partageant les 10 sièges restants.
Selon les commentateurs de la presse arabophone, la dynamique Eisenkot s’explique en partie par sa capacité à concurrencer Netanyahou sur son propre terrain électoral. Issu d’une famille d’immigrés marocains modeste, né à Tibériade et élevé à Eilat, l’ancien général incarne une figure d’autorité sécuritaire tout en partageant les origines des Juifs mizrahim, cette communauté originaire du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord qui constitue depuis les années 1970 le socle historique du Likoud. Les médias israéliens et suédois relèvent que la mort de son fils Gal et de deux de ses neveux dans les combats à Gaza contraste avec l’absence de mobilisation des fils de Netanyahou, restés à l’étranger pendant la guerre, un élément qui renforce, d’après les analyses diffusées à Stockholm, l’image d’un responsable politique « plus préoccupé par l’avenir du pays que par le sien ».
D’après un ancien conseiller en communication du Premier ministre, cité par le Jerusalem Post, la stratégie de Netanyahou consisterait désormais à empêcher l’opposition d’atteindre le seuil des 61 sièges, en misant sur un blocage parlementaire qui lui permettrait de se maintenir à la tête d’un gouvernement de transition. La presse suédoise note que le chef du Likoud, qui contrôle le ministère de la Justice par un allié, redoute qu’une alternance n’affaiblisse sa position dans son procès pour corruption. Dans cette optique, la « machine à poison » médiatique du camp nationaliste a diffusé une vidéo moquant l’accent anglais d’Eisenkot, opposé à l’aisance de Netanyahou, élevé aux États-Unis. L’opération a été perçue, selon les analyses reprises par les médias arabes et scandinaves, comme un but contre son camp, ravivant les stéréotypes dévalorisant les Mizrahim et risquant d’éloigner une partie de l’électorat traditionnel du Likoud.
La presse arabophone souligne que des enregistrements audio attribués à un ancien porte-parole de Netanyahou, contenant des insultes visant des députés du Likoud d’origine marocaine, ont accentué les tensions intra-partisanes et pourraient accélérer l’érosion du vote mizrahi en faveur de Yashar. Pour autant, les observateurs israéliens rappellent qu’Eisenkot, s’il veut déloger Netanyahou, devra probablement s’appuyer sur les partis arabes, une hypothèse que le Premier ministre qualifie d’« antipatriotique », bien qu’il ait lui-même tenté en 2021 de négocier avec la liste islamiste Ra’am avant d’y renoncer sous la pression des colons. Le scrutin, dont la date exacte n’a pas encore été fixée, s’annonce comme le premier depuis l’effondrement sécuritaire du 7 octobre 2023. La campagne s’ouvre dans un climat de fragmentation politique extrême, où la multiplication des micro-partis centristes complique la formation d’une alternative unifiée, laissant planer le scénario d’un nouveau blocage institutionnel et d’élections répétées.
| Presse arabe Levant-Maghreb | 0.00 | neutral |
|---|---|---|
| Presse israélienne | −0.40 | critical |
| Presse iranienne et apparentée | −0.30 | critical |
| Presse européenne continentale | −0.40 | critical |
Eisenkot, fils d'immigrés marocains, pose un défi direct à la base électorale de Netanyahu.
La technique rhétorique est la personnalisation ethnique : mettre l'accent sur l'identité mizrahi d'Eisenkot pour expliquer son ascension, rendant plausible qu'il puisse attirer des électeurs traditionnellement fidèles au Likoud.
Il omet les manœuvres de Netanyahu pour sécuriser sa famille et sa stratégie d'impasse, présentes dans la presse israélienne.
Netanyahou s'accroche au pouvoir par des manœuvres désespérées, tandis qu'Eisenkot émerge comme une menace crédible.
Fragmentation stratégique : en couvrant plusieurs aspects (sécurité personnelle, stratégie électorale, critiques politiques), la presse dresse un portrait composite d'un leader en difficulté.
Il n'approfondit pas le rôle des électeurs mizrahim et l'identité marocaine d'Eisenkot, qui sont centraux dans la presse arabe.
Le régime sioniste est en crise : les sondages montrent la défaite imminente de Netanyahu.
Délégitimation systémique : l'utilisation du terme 'régime' et l'accent mis sur la défaite de Netanyahu servent à saper la légitimité de l'État israélien.
Il omet les divisions internes israéliennes et le parcours d'Eisenkot, qui pourraient humaniser la compétition.
Netanyahou est un leader affaibli, aux prises avec les conséquences du 7 octobre et une campagne électorale difficile.
Historicisation critique : en replaçant l'élection dans le contexte de l'échec sécuritaire du 7 octobre, on suggère que Netanyahou est responsable et que son déclin est mérité.
Il ne mentionne pas le rôle des électeurs mizrahim ni la perspective iranienne, se concentrant uniquement sur Netanyahou et le contexte historique.
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