
IA : le grand écart entre investissements massifs et retours inexistants
Une enquête auprès de 100 industriels américains révèle un taux de retour sur investissement nul, tandis que les usages se fragmentent selon les régions et les classes d’âge.
Le déploiement de l’intelligence artificielle dans l’industrie manufacturière américaine livre un constat brutal : selon une enquête Grant Thornton menée auprès de 100 dirigeants du secteur, aucun n’a enregistré de hausse significative de son chiffre d’affaires ni de réduction de coûts attribuable à l’IA. Ce zéro statistique contraste avec les 12 % de répondants, tous secteurs confondus, qui déclarent de tels gains. Près de la moitié des projets restent bloqués au stade pilote, souvent parce qu’aucun objectif de rentabilité n’a été fixé en amont. Ce décalage entre l’intensité de l’adoption et l’absence de résultats tangibles nourrit la prudence des grands investisseurs asiatiques réunis à Singapour : le fonds souverain Temasek, tout en visant un doublement de son exposition à l’IA, oriente une partie de ses capitaux vers les actifs physiques – data centers, systèmes de refroidissement – jugés moins exposés aux disruptions.
Du côté des consommateurs, l’adoption suit une logique tout aussi sélective. Les données de trafic référent issues de panels européens et américains montrent que l’IA générative ne redessine pas uniformément le commerce en ligne : 45 % des renvois concernent la beauté et les soins personnels, 28 % la santé grand public, tandis que l’alimentation courante ou les articles pour animaux restent marginaux. L’IA s’impose là où elle réduit l’incertitude et facilite la comparaison. Parallèlement, une enquête menée auprès de 1 250 adultes aux États-Unis indique qu’un quart des Américains interrogent désormais un chatbot pour des conseils médicaux, principalement parce qu’ils ne peuvent pas se permettre une consultation. La génération Z est la plus concernée (53 %), mais les experts mettent en garde : une étude publiée dans le BMJ a montré que les réponses des chatbots sont problématiques une fois sur deux. En Italie, une étude européenne auprès de 500 parents et adolescents révèle que 49 % des jeunes utilisent l’IA pour les devoirs, mais seuls 8 % jugent ses réponses plus utiles que celles d’une personne réelle – le taux le plus bas des cinq pays analysés.
La rivalité sino-américaine se reconfigure autour de l’accès à l’électricité et aux semi-conducteurs. Selon des analyses publiées à Shanghai, la prolifération des modèles open source chinois, comme ceux de DeepSeek, transforme l’IA en un produit de base dont le coût principal est l’énergie. La Chine, qui mise sur le solaire et l’éolien pour atteindre la neutralité carbone, pourrait localiser ses centres de données près des fermes solaires de l’ouest. Dans ce contexte, Pékin a informé plusieurs entreprises – Alibaba, ByteDance, DeepSeek – qu’elles seraient autorisées à acquérir des quantités limitées de puces Nvidia H200, jusqu’ici bloquées par les contrôles à l’exportation américains. Cette décision vise à « soulager temporairement le goulot d’étranglement de la formation », tout en maintenant l’objectif d’autosuffisance technologique à long terme.
Face à ces recompositions, la valeur du jugement humain est réévaluée. Des travaux menés à Harvard soulignent que l’avantage concurrentiel ne réside plus dans l’accès aux modèles, mais dans la capacité à prendre des décisions fondées sur des valeurs lorsque les données ne fournissent pas de réponse claire. En Indonésie, l’Université Nusa Mandiri insiste sur l’apprentissage continu pour éviter qu’un fossé ne se creuse entre les talents numériques qui maîtrisent l’IA et ceux qui la subissent. La prochaine séquence à observer sera double : la mise en œuvre effective des licences d’importation de H200 en Chine, et la saison des fêtes de fin d’année, qui testera la capacité des distributeurs à prouver la valeur de leurs produits à des consommateurs américains dont le taux de défaut sur cartes de crédit frôle les pics de la crise de 2008.
| Presse atlantique / anglosphère | +0.20 | neutral |
|---|---|---|
| Presse chinoise | −0.20 | neutral |
| Presse d'Asie du Sud-Est | 0.00 | neutral |
Nous dépassons l'ère de la suprématie des modèles ; les gagnants seront ceux qui maîtrisent l'énergie bon marché et le jugement humain.
En citant des données d'enquête montrant zéro retour significatif de l'IA dans la fabrication, et en soulignant la marchandisation des modèles, le bloc ancre son argument dans le pragmatisme commercial.
Le bloc atlantica omet la compétition géopolitique pour l'énergie et les puces que le bloc chinois met en avant, se concentrant plutôt sur le jugement au niveau des entreprises.
La Chine doit traiter la course à l'IA comme une lutte à mort pour le pouvoir national ; l'électricité et les puces sont les nouveaux champs de bataille.
En présentant la compétition IA comme un jeu géopolitique à somme nulle et en soulignant le besoin de réformes non conventionnelles en Chine, le bloc crée un récit d'urgence existentielle.
Le bloc chinois omet l'argument selon lequel la supériorité des modèles est déjà éclipsée par l'énergie bon marché et le jugement humain, et que la véritable compétition pourrait être au niveau de l'entreprise plutôt que national.
Nous voyons l'IA comme un outil qui nécessite une adaptation humaine et des investissements prudents ; le battage médiatique peut ne pas se traduire par des retours immédiats.
En présentant le scepticisme des investisseurs et la nécessité de développer les talents numériques, le bloc se positionne comme un observateur prudent et pragmatique.
Le bloc d'Asie du Sud-Est omet le récit d'une compétition mondiale à enjeux élevés et la marchandisation rapide des modèles d'IA, mettant plutôt l'accent sur l'adaptation progressive.
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