
Funérailles de Khamenei : l’Iran orchestre une démonstration de force régionale
Six jours de cérémonies entre Téhéran, Qom, Mashhad et les villes saintes irakiennes visent à affirmer l’unité nationale et l’ancrage chiite après une guerre dévastatrice et une succession contestée.
Les autorités iraniennes achèvent les préparatifs des funérailles de l’ancien guide suprême Ali Khamenei, tué le 28 février lors du bombardement de sa résidence au premier jour de la guerre américano-israélienne. Prévues du 4 au 9 juillet, ces obsèques se déploieront en plusieurs étapes à travers l’Iran et l’Irak, sous un dispositif de sécurité inédit dans la capitale. Selon les organisateurs, entre 15 et 20 millions de personnes sont attendues à Téhéran, où trois jours de deuil national ont été décrétés et d’importantes restrictions de circulation imposées.
La mise en scène de l’événement répond à plusieurs objectifs explicitement formulés par Téhéran. Ali-Akbar Pourjamshidian, responsable de l’organisation, a évoqué la volonté de « renforcer la cohésion et l’unité nationale entre les différentes composantes politiques, sociales et religieuses du pays autour du rôle central du guide ». Le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaïl Baghaï, a précisé que des responsables d’une trentaine de pays étaient conviés, mais « pas l’Europe », accusée de ne pas s’être « placée du bon côté de l’histoire » durant le conflit. Cette exclusion illustre la persistance d’une fracture diplomatique avec les capitales occidentales, tandis que la tenue de processions à Nadjaf et Kerbala, en Irak, souligne la centralité de l’axe chiite régional dans la stratégie de légitimation du pouvoir iranien.
Le report de la cérémonie, initialement prévue en mars, et son ampleur actuelle suscitent des lectures contrastées. Des opposants au régime, cités par des médias arabes, accusent les autorités de chercher à gonfler artificiellement la participation pour masquer l’impopularité du successeur désigné, Mojtaba Khamenei. Investi début mars par l’Assemblée des experts, le fils du défunt guide n’est pas apparu en public depuis sa nomination, intervenue dans un contexte de fortes tensions avec Washington – le président américain Donald Trump ayant qualifié ce choix d’« inacceptable ». La tenue des funérailles six mois après des protestations massives contre la vie chère et le gouvernement, et sous un fragile cessez-le-feu avec les États-Unis et Israël, en fait un test de la capacité de mobilisation du régime.
Les cérémonies se dérouleront en plusieurs temps : hommages aux dignitaires étrangers le 3 juillet, veillée populaire à la grande mosquée de Téhéran les 4 et 5, procession dans la capitale le 6, puis étapes à Qom le 7, dans les villes saintes irakiennes le 8, et enfin inhumation le 9 juillet au mausolée de l’imam Reza à Mashhad, ville natale de Khamenei et haut lieu du chiisme. La télévision d’État diffuse depuis plusieurs jours des documentaires et des messages de prévention face aux températures caniculaires, tandis que les forces de sécurité quadrillent le centre-ville. L’événement, transformé en démonstration de force nationale et régionale, sera scruté pour d’éventuels signes de dissidence comme pour la première apparition publique du nouveau guide suprême.
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Iran celebrates the Supreme Leader with a six-day funeral that unites the nation in reverence and defiance toward the outside. The event is presented as a proof of the regime's strength, turning mourning into an opportunity to reaffirm sovereignty and resistance against foreign threats.
Khamenei's funeral is seen as a propaganda display to consolidate the regime's power, raising alarm over nuclear and regional implications. Mass participation is interpreted as a sign of authoritarian control rather than genuine mourning.
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