
Elsa Aguirre, de l’enfance effacée à l’éternité du cinéma mexicain
L’actrice mexicaine, disparue à 95 ans, laisse derrière elle une carrière de plus de cinquante films et un hommage national qui mêle projection, conversation et exposition photographique.
À sa naissance, en 1930 à Chihuahua, sa mère s’était exclamée : « Je crois qu’on me l’a changée. » Elsa Irma Aguirre Juárez était la seule de la fratrie à avoir la peau mate, ce qui lui valut le surnom de « la negrita » et le sentiment tenace d’être tenue à l’écart. Cette sensation d’altérité ne la quitta jamais vraiment, même lorsque, adolescente, elle remporta un concours de beauté organisé par les studios Clasa Films Mundiales et fit ses premiers pas devant la caméra dans El sexo fuerte (1946). Le destin, disait-elle, l’avait menée au cinéma sans qu’elle l’ait cherché.
En une trentaine d’années, Elsa Aguirre allait pourtant incarner l’un des visages les plus reconnaissables de l’âge d’or du cinéma mexicain. Pour le chercheur Roberto Fiesco, auteur d’un livre sur l’actrice, elle représentait « la grande beauté créole du cinéma national ». Sa filmographie, qui compte des mélodrames comme La mujer que yo amé ou des comédies telles que Cuidado con el amor, la montre aussi bien en victime qu’en séductrice. Elle partagea l’affiche avec Pedro Infante, Jorge Negrete, Dolores del Río ou Arturo de Córdova, et fut dirigée par Emilio Fernández, Roberto Gavaldón ou Ismael Rodríguez. La presse culturelle mexicaine souligne qu’elle sut se retirer des plateaux au début des années 2000 sans jamais rompre totalement avec le public, cultivant une présence discrète mais constante.
Cette retraite, elle la vécut à Cuernavaca, où elle pratiquait le yoga, la méditation et un végétarisme scrupuleux – ses infirmières racontent qu’elle refusait de faire du mal « même à une fourmi ». En janvier 2026, la présidente Claudia Sheinbaum lui rendit visite et la décrivit comme « un exemple de grande force ». Six mois plus tard, dans la nuit du 14 juillet, Elsa Aguirre s’éteignait à son domicile, à 95 ans, des suites d’un arrêt cardiorespiratoire. Ses quatre infirmières, présentes jusqu’au bout, ont confié à la presse qu’elle était restée « tranquille, entourée d’amour ». Conformément à sa volonté, son corps a été incinéré et ses cendres devaient être dispersées par son filleul Hassim « dans un lieu élevé, plus éloigné de la matière ».
Le 22 juillet, la Cineteca Nacional de México projettera Cuatro noches contigo (1952), suivi d’une conversation sur son apport au septième art. En août, une exposition de photographies issues des archives de l’IMCINE, de la Cineteca et de la Filmoteca de l’UNAM prendra le relais à Chapultepec. La secrétaire à la Culture, Claudia Curiel de Icaza, a déclaré que cet hommage visait à « préserver les œuvres qui ont construit son héritage et permettre à de nouveaux publics de les rencontrer ». Ainsi, la petite fille que l’on croyait échangée à la naissance continue de traverser les générations, non plus comme une énigme familiale, mais comme une mémoire partagée du cinéma mexicain.
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