
Écône, la veillée d’un schisme annoncé
À la veille des ordinations épiscopales sans mandat pontifical, le pape Léon XIV supplie les lefebvristes de renoncer à un acte qu’il qualifie de « péché d’extrême gravité ».
Dans le hameau valaisan d’Écône, ce mardi 30 juin, les techniciens règlent les derniers câbles pour une retransmission en six langues. Sur le site de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie-X, le programme est déjà en ligne : la veille, on a béni de nouveaux prêtres ; le lendemain, à neuf heures, Mgr Alfonso de Galarreta, assisté de Mgr Bernard Fellay, imposera les mains à quatre religieux — un Suisse, deux Français, un Américain. Au même moment, la Salle de presse du Saint-Siège diffuse une lettre datée de la solennité des saints Pierre et Paul. Le pape Léon XIV y écrit, « le cœur plein d’affection chrétienne » : « Je vous en prie et vous le demande de tout mon cœur : revenez sur vos pas ! » La phrase claque dans le silence ouaté de la vallée, à quelques heures d’un geste que le droit canonique sanctionne par l’excommunication automatique.
L’épisode réveille le spectre de juin 1988. Cette année-là, dans ce même séminaire, Marcel Lefebvre avait consacré quatre évêques sans mandat pontifical, précipitant la rupture avec Rome. Jean-Paul II avait alors dénoncé un acte schismatique, et il avait fallu attendre vingt et un ans pour que Benoît XVI lève les excommunications, sans pour autant régulariser la situation canonique de la Fraternité. Aujourd’hui, la crise couvait depuis février, lorsque le supérieur général, Davide Pagliarani, avait annoncé son intention de pourvoir aux besoins spirituels de ses fidèles en ordonnant de nouveaux prélats. Le cardinal Víctor Manuel Fernández avait proposé un dialogue théologique en échange d’un sursis ; la Fraternité avait refusé.
Fondée en 1970 en réaction aux réformes du Concile Vatican II, la Fraternité Saint-Pie-X n’a jamais accepté la nouvelle messe, l’œcuménisme ni la liberté religieuse. Elle revendique aujourd’hui quelque sept cents prêtres, deux cents séminaristes, six séminaires internationaux et près de huit cents lieux de culte répartis sur tous les continents. L’Europe demeure son cœur historique — la France en tête —, mais l’Amérique latine, et singulièrement le Brésil, où l’évêque Antônio de Castro Mayer avait jadis co-consacré les évêques de 1988, constitue un pôle de développement majeur. Aux États-Unis, la mouvance traditionaliste bénéficie de relais politiques conservateurs, au point que la presse helvétique voit dans l’épreuve de force un facteur de tension supplémentaire entre le pape américain et l’administration Trump.
Au sein même du Collège cardinalice, la perspective du schisme a ravivé le débat sur la liturgie. Selon la presse italienne, le cardinal Gerhard Ludwig Müller a plaidé pour la création d’une nouvelle commission Ecclesia Dei, capable d’accueillir les clercs et les fidèles qui quitteraient la Fraternité sans vouloir renoncer au rite ancien. Un cardinal asiatique, rapporte-t-on, a critiqué les restrictions imposées par le motu proprio Traditionis custodes, estimant que leur levée faciliterait le retour des modérés. L’application de ce texte varie d’ailleurs considérablement d’un diocèse à l’autre, certaines interdictions allant jusqu’à empêcher des funérailles en rite tridentin, tandis qu’ailleurs toutes les célébrations sont permises. Cette géographie éclatée nourrit, chez les partisans d’une ligne de tolérance, le sentiment que l’unité de l’Église se joue aussi dans la manière dont elle traite ses marges traditionalistes.
À Écône, l’abbé Denis Puga a préparé les siens à l’inévitable : « Nous serons traités de schismatiques, d’hérétiques, peut-être excommuniés », a-t-il déclaré lors d’une homélie, avant d’ajouter : « Restez en paix. » Il a convoqué la figure de Jeanne d’Arc, jugée par l’Église avant d’être canonisée. La comparaison dit la profondeur d’un imaginaire où la fidélité à la tradition se vit comme un martyre. Pendant ce temps, le pape Léon conclut sa lettre en confiant ses intentions « au Cœur Immaculé de Marie, Mère du Bon Conseil ». Dans le petit matin du 1er juillet, les caméras s’allumeront, et les fidèles disséminés de Varsovie à Buenos Aires verront, en direct, si la tunique sans couture du Christ se déchire une nouvelle fois.
Comment la même histoire est racontée ailleurs.
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À quelques heures des ordinations illicites, le pape lance un appel déchirant aux lefebvristes, les suppliant de faire marche arrière pour éviter un schisme d’une extrême gravité. La Fraternité Saint-Pie-X, née du rejet de Vatican II, risque une rupture définitive, privant les fidèles des sacrements. L’Église se dit encore ouverte au dialogue, mais cet acte serait un péché très grave contre l’unité.
Le pape lance un avertissement sévère aux lefebvristes face au risque imminent de schisme en raison de l’ordination d’évêques sans autorisation du Vatican. La consécration prévue en Suisse déclencherait une rupture automatique avec l’Église. Le souverain pontife exhorte à considérer le bien spirituel des fidèles et à arrêter cet acte.
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