
Démission surprise du premier ministre moldave, le gouvernement pro-européen fragilisé par un scandale d’État
Alexandru Munteanu a quitté ses fonctions le 3 juillet sans explication détaillée, précipitant la chute du cabinet et ouvrant une crise politique en pleines négociations d’adhésion à l’Union européenne.
Le premier ministre moldave Alexandru Munteanu a annoncé sa démission le 3 juillet 2026, entraînant automatiquement celle de l’ensemble du gouvernement conformément à la Constitution. En poste depuis novembre 2025, il a justifié son départ par l’impossibilité de poursuivre son mandat « conformément à ses principes et convictions », sans fournir de précisions. La présidente Maia Sandu a indiqué que des consultations avec les groupes parlementaires débuteraient la semaine suivante pour désigner un successeur, le cabinet démissionnaire expédiant les affaires courantes.
La décision intervient dans un climat de tensions nourri par des révélations de la presse d’investigation moldave. Le quotidien Ziarul de Gardă a mis au jour des irrégularités au sein de MoldATSA, l’agence publique de sécurité aérienne : le directeur disposait de faux diplômes et percevait l’un des salaires les plus élevés du secteur public, tandis qu’une cousine de la présidente Sandu y avait été recrutée sans concours. Ces informations ont provoqué la création d’une commission d’enquête parlementaire sur la gouvernance des entreprises d’État et alimenté les appels de l’opposition prorusse à la démission de la présidente et à la tenue d’élections anticipées. Maia Sandu a rejeté toute ingérence, affirmant que Munteanu disposait d’une « liberté totale » pour gouverner.
Pour les chancelleries européennes, ce séisme politique complique la trajectoire d’adhésion de la Moldavie à l’Union européenne, que le gouvernement démissionnaire s’était engagé à conclure d’ici 2028. Le Parti action et solidarité (PAS), formation pro-européenne de la présidente, conserve la majorité absolue au Parlement, ce qui limite le risque d’un blocage institutionnel prolongé. Toutefois, les observateurs russes y voient la confirmation d’une « faillite politique » du pouvoir en place. Des responsables comme la sénatrice Elena Perminova ont qualifié le départ de Munteanu de refus d’être complice d’une « trahison d’État », dénonçant pêle-mêle la répression de l’opposition, les projets d’union avec la Roumanie et la dérive économique du pays.
La crise révèle les fractures persistantes de cet État situé entre l’Ukraine et la Roumanie, où s’affrontent depuis l’indépendance de 1991 les partisans d’un ancrage occidental et ceux d’un rapprochement avec Moscou. La majorité roumanophone cohabite avec une importante minorité russophone, et les scrutins récents ont confirmé l’orientation européenne, sans éteindre les contestations. La nomination du prochain premier ministre, qu’il soit technocrate ou politique, sera un test pour la capacité de Maia Sandu à maintenir le cap des réformes exigées par Bruxelles tout en répondant aux accusations de mauvaise gestion des deniers publics. Les consultations parlementaires doivent s’ouvrir dans les prochains jours.
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