
De Marseille à Madrid, la chute des intouchables
En France, en Espagne et au Brésil, des responsables culturels et politiques sont écartés après des accusations de harcèlement, révélant une pression croissante des collectifs de travail et des procédures internes.
Des cris de joie ont éclaté dans les étages du Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée, à Marseille, ce mardi 30 juin. À l’annonce de la suspension pour quatre mois de leur président, Pierre-Olivier Costa, des salariés du Mucem ont laissé éclater un soulagement longtemps contenu. La scène, rapportée par plusieurs employés, dit à elle seule l’usure d’un collectif face à ce que les syndicats qualifiaient de « management toxique » et de « forts soupçons de discrimination syndicale ». Nommé en 2022, proche du couple présidentiel français, Pierre-Olivier Costa avait été reconduit en novembre 2025 malgré des alertes répétées. Il aura fallu une enquête pénale pour harcèlement sexuel et moral, une enquête administrative et plusieurs lettres ouvertes pour que le ministère de la Culture, « sans doute aussi l’Élysée », précise Le Figaro, se résolve à l’écarter.
Cette suspension s’inscrit dans une séquence plus large où, de part et d’autre de l’Atlantique, des figures installées voient leur position vaciller sous le poids d’accusations similaires. À Madrid, l’Université Complutense a sanctionné d’un an de suspension le professeur Juan Carlos Monedero, cofondateur du parti Podemos et ancien conseiller du gouvernement vénézuélien d’Hugo Chávez. L’établissement avait ouvert une enquête en janvier 2025 après la plainte d’une étudiante pour harcèlement sexuel. Si le parquet espagnol a classé le volet pénal sans suite, jugeant les faits « moralement répréhensibles » mais non constitutifs d’un délit, l’université a poursuivi sa propre procédure disciplinaire. La sanction, qui tient compte d’une suspension préventive de six mois déjà effectuée, éloignera l’enseignant des amphithéâtres pour six mois supplémentaires. Des témoignages d’anciennes élèves, recueillis par la presse espagnole, évoquent des gestes déplacés, des commentaires humiliants, une proximité physique imposée.
Au Brésil, c’est la Defensoria Pública de l’État du Mato Grosso qui a exonéré un assesseur spécial, Bruno Proença, après que des victimes présumées l’ont accusé d’utiliser les systèmes internes de l’institution pour défendre son supérieur, lui-même visé par deux plaintes pour harcèlement moral et sexuel. L’ex-subdefensor Rogério Borges Freitas, mis en cause pour des faits allant de tentatives de baisers forcés à des humiliations répétées sur près d’une décennie, a également été démis de ses fonctions. L’institution a tenu à préciser que les enquêtes se poursuivent, tout en rappelant l’existence d’une commission interne de prévention et de lutte contre le harcèlement.
Ces affaires, bien que distinctes par leur géographie et leur cadre institutionnel, dessinent un motif commun : la fin d’une certaine impunité pour des personnalités qui, par leur proximité avec le pouvoir politique ou leur statut de fondateur, semblaient jusqu’ici protégées. En France, les syndicats du Mucem se félicitent d’avoir été entendus après des années d’alertes ; en Espagne, le Punto Violeta du campus de Somosaguas a publiquement contesté le classement pénal et exigé une réponse administrative ; au Brésil, la presse locale a diffusé des enregistrements de réunions où le ton du supérieur envers une subordonnée trahissait, selon les commentateurs, une dynamique d’intimidation. Partout, la parole des collectifs de travail et des victimes a trouvé un relais dans les procédures internes, bien plus que dans les seules instances judiciaires.
Le 1er juillet, au Mucem, c’est une inspectrice générale des affaires culturelles, Anne-Marie Le Guével, qui prendra l’intérim. Dans les couloirs du musée marseillais, l’espoir des équipes se cristallise désormais autour d’un retour à « un fonctionnement administratif, technique, scientifique et culturel conforme à celui de tout autre musée national », selon les mots du syndicat CGT. Une aspiration modeste en apparence, mais qui résonne comme un écho lointain des exigences portées par les étudiants de Madrid ou les fonctionnaires du Mato Grosso : que l’institution redevienne un espace régi par des règles communes, et non par l’arbitraire de ceux qui la dirigent.
Comment la même histoire est racontée ailleurs.
2 groupes éditoriaux · 3 langues
En France, le président du Mucem a été suspendu après des mois de plaintes syndicales et une enquête pénale pour harcèlement sexuel et moral. En Espagne, l'université Complutense a suspendu pour un an le professeur et cofondateur de Podemos, Juan Carlos Monedero, accusé par une étudiante. Les institutions culturelles et académiques européennes réagissent par des mesures disciplinaires, quoique tardives, à des scandales impliquant des personnalités proches du pouvoir.
La suspension de Juan Carlos Monedero pour harcèlement sexuel à Madrid résonne fortement en Amérique latine, où le cofondateur de Podemos était célébré comme conseiller du chavisme et panéliste invité par le gouvernement de Gustavo Petro. L'affaire expose l'hypocrisie d'une figure de gauche qui prêchait la justice sociale tout en étant sanctionné pour abus sur une étudiante. La nouvelle alimente le débat sur le harcèlement dans les milieux progressistes et le silence complice de ses alliés politiques.
Élargis ton regard
Négociations Iran-États-Unis à Doha : démentis et crispations autour du détroit d’Ormuz
8 langues · 31 sources
Depuis Economy & MarketsLe refus américain de prolonger l’ACEUM ouvre une décennie d’incertitude commerciale
3 langues · 16 sources
Depuis TechnologyWhatsApp introduit les noms d’utilisateur pour ne plus exposer les numéros de téléphone
8 langues · 14 sources