
D’Homère à Michael Jackson : les nouveaux visages du box-office mondial
Entre l’adaptation de l’Odyssée par Christopher Nolan, le biopic record sur Michael Jackson et les succès indiens, le cinéma mondial réinvente ses mythes.
Sur l’île de Lipari, au large de la Sicile, l’équipe de Christopher Nolan a planté ses caméras pour recréer l’un des épisodes les plus célèbres du poème homérique : la rencontre d’Ulysse avec les sirènes. Ce choix de décor, parmi les escales marocaines, grecques, islandaises et écossaises du tournage, ancre l’Odissea du cinéaste dans une Méditerranée à la fois réelle et légendaire. La presse italienne souligne l’attente démesurée qui entoure ce treizième film, dont le budget dépasse les 250 millions de dollars, un record pour Nolan. Le réalisateur lui-même a parlé d’une « responsabilité énorme », car le poème n’est pas simplement une histoire, mais « la » histoire fondatrice de l’Occident. Avec un casting réunissant Matt Damon, Tom Holland, Zendaya ou encore Lupita Nyong’o, et une structure narrative non linéaire fidèle à son style, le projet suscite autant de fascination que de polémiques, notamment après les critiques d’Elon Musk sur le choix de l’actrice kényane-mexicaine.
Pendant ce temps, un autre mythe contemporain bat des records. Le biopic Michael, consacré au « Roi de la Pop », est devenu le film biographique le plus rentable de tous les temps, dépassant les 977 millions de dollars de recettes mondiales et reléguant Oppenheimer au second rang. Porté par Jaafar Jackson, neveu du chanteur, le long-métrage a conquis les fans, propulsant les écoutes en streaming de l’artiste à des sommets inégalés au Royaume-Uni et dans le monde. Pourtant, la critique anglophone s’est montrée sévère : plusieurs médias ont dénoncé un récit « aseptisé », occultant les accusations d’abus sexuels qui ont marqué la fin de carrière de Jackson. Ce décalage entre l’enthousiasme du public et la réserve des journalistes illustre la persistance d’une dévotion musicale qui transcende les controverses.
Le sous-continent indien, lui, confirme sa place de géant cinématographique aux dynamiques multiples. La comédie romantique Cocktail 2, portée par Shahid Kapoor, Rashmika Mandanna et Kriti Sanon, s’approche des 900 millions de roupies nettes en Inde, tandis que son total mondial dépasse 1,34 milliard de roupies, porté par des recettes solides à l’étranger. Le thriller d’espionnage Dhurandhar, avec Ranveer Singh, a franchi les 13 milliards de roupies et s’apprête à sortir au Japon, un marché où les films indiens, de RRR à Muthu, bénéficient d’un véritable culte. Enfin, la comédie loufoque Welcome to the Jungle, suite d’une franchise populaire, a dépassé les 87 millions de roupies nettes en six jours, profitant d’un bouche-à-oreille favorable et d’offres promotionnelles dans les multiplexes. La presse bengalie note que le film, au budget modeste de 115 millions de roupies, pourrait devenir l’un des grands succès de l’année pour Akshay Kumar.
Ces trajectoires parallèles dessinent un paysage cinématographique mondial où les mythes anciens, les icônes musicales et les sagas familiales se côtoient sans hiérarchie. À Lipari, le souvenir des sirènes se mêle aux projecteurs ; dans les salles obscures, le fantôme de Michael Jackson fait danser des millions de spectateurs ; et dans les cinémas indiens, les éclats de rire répondent aux explosions. Partout, le public s’empare de ces récits pour en faire des phénomènes qui échappent aux seules stratégies industrielles, rappelant que le cinéma reste, avant tout, une affaire de communion collective.
| Presse européenne continentale | −0.30 | critical |
|---|---|---|
| Presse indienne et sud-asiatique | −0.10 | neutral |
| Presse du Golfe arabe | +0.20 | neutral |
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